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Le duo Nantais de MAN débarque sur la vaste scène du rock français avec un album tout en décalage. Entre arpèges néoclassiques et pauses infinies, un disque calme et sombre à rapprocher des projets nord-américains comme The Rachel’s ou Dakota Suite. A l’occasion de la sortie sur DSA de leur premier album, rencontre e-pistolaire.

Deux hommes pour un projet au delà des ambitions personnelles. Charles-Eric Charrier et François Biyikli, ingénieurs du son à plein temps dans un studio Nantais (Artworx) ont décidé de se consacrer à MAN pour faire une musique « sincère, simple, proche de nous ». A l’origine : l’habituelle évolution de musiciens, ni rock ni classique, qui tâtonnent dans une flopée de groupes plus ou moins importants avant de dénicher la formule magique. Pour eux, tout s’est joué lorsque François débarque dans le groupe Dreta Loreli où il croise le chemin de Charles-Eric. Deux ans plus tard, le groupe est sollicité pour composer la musique d’une chorégraphie. Le déclic : « MAN s’est concrétisé à ce moment là. Je dis « concrétisé » car j’avais un projet similaire en tête depuis un moment. Comme souvent, ça ne s’est pas fait comme prévu…. »

Tous deux autodidactes, ils allient très vite leurs cultures musicales complémentaires : la musique classique pour François, le rock underground et le punk américain pour Charles-Eric. Premiers essais et, déjà, la formule fonctionne. Histoire de fixer la matière musicale une bonne fois pour toute, ils décident d’éditer un disque, éponyme, sur un micro-label de Nantes (Autonomie). Malgré une promo très discrète, l’accueil du public, comme celui de la presse nationale, est excellent. Intervient alors la rencontre, décisive, avec Gérard N’guyen, responsable du label Les Disques du Soleil et de l’Acier : « quand le CD est sorti, nous avons envoyé des exemplaires à plusieurs personnes dont nous aimions le travail ou la démarche, dont DSA. Puis, pas de nouvelles pendant un long moment… Plus tard, on a reçu un e-mail et Gérard est venu nous voir jouer live à Metz ; il a écouté, puis il est reparti. Quelques jours plus tard, il nous a donné rendez-vous à Nancy. » Pour l’image de marque et la promotion, le label est idéal. Avec à son catalogue des projets aussi éclatés que brillants, la tracklisting de DSA tient du all-star band : Pascal Comelade, Keiji Haino, Ground Zero, Tetsuo Furudate ou encore Ulan Bator. D’une décision commune, ils décident de rééditer ce premier album sorti trop anonymement fin 1999. Avant que paraisse un deuxième opus -original, cette fois-çi- pour la fin 2001…
Là où l’on attend MAN, c’est surtout sur scène où leur musique acoustique se doit de retranscrire coûte que coûte l’émotion intacte de l’album. Des formations plus célèbres s’y sont cassé les dents : on se souvient de The Rachel’s, groupe dans la même veine, ramant en temps réel pour susciter une quelconque vie à leur musique trop figée, trop universitaire en live. Pour MAN, la scène doit autre chose qu’un simple support promotionnel à l’album. D’où l’intégration de deux autres musiciens : AnthonyTaillard, guitariste du groupe Formanex et Eric Morlit, ancien batteur d’Atche, autre quatuor des scènes rock françaises perdu dans l’oubli de leur schizophrénie créatrice. Acoustique toujours, avec tout de même un budget electro modéré : « on utilise un peu l’électronique, mais uniquement du matériel à 2 F 50, des petites choses cheap que l’on joue live. Pour certains autres projets, comme les installations vidéo ou les musiques de film, on utilise parfois des matériels électroniques et informatiques de pointe… enfin presque ». Quoiqu’il en soit, tout reste toujours en mouvement : « durant les concerts, nous jouons parfois en duo, quatuor, trio, solo, etc., on ne s’interdit rien. Ca dépend surtout des projets et des jours… »

Et c’est dans la furia de leurs cinema for the ears (Sketches of Spain, Laughing stocks, Ere mela mela, Mélodie Nelson, Suicide, De Kift, Talking Heads, Pierre Bastien, Marc Hollis, Robert Wyatt, Loren Mazzacane Connors, Messiaen, Keith Jarret, Comelade) que se déroule la préparation des concerts d’avril. Avec un impératif, clair et précis pour MAN : poursuivre leur route, sans dévier.

A visiter : le site officiel du groupe
A écouter : le premier disque du duo

A voir, sur scène :
Bruxelles le 12 avril 2001 (Ciné Nova – music on videos of Pierrick Sorin)
Moissy-Cramayel le 13 avril 2001 (18 Marches – music on videos of Pierrick Sorin)
Rouen le 14 avril 2001 (Café Curieux – représentation de la pièce « Docteur Quiquandont »)
Monaco le 19 avril 2001 (Logoscope)
Cannes le 20 avril 2001 (MJC Picaud)
Marseille le 21 avril 2001 (La Machine à Coudre)
Montpellier le 22 avril 2001
Pau le 25 avril 2001
Bordeaux le 26 avril 2001 (C.C.P.R.)
Angoulême le 28 avril 2001