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Le soundcheck pour le concert du soir au Café de la Danse ne va pas tarder. Antony Harding (batterie, chant) et John Morrison (basse) plantent leurs compagnons de tour bus et vont boire une bière à la taverne du coin. Ils s’expliquent sur The Fidelity wars, nouvel effort d’Hefner, un groupe qui refuse avec raison l’étiquette Brit pop.


Chronic’art : Quel est votre lien de parenté avec Hugh ?

Antony : Il n’y en a pas. Le nom existait avant notre arrivée mais, dans le fond, ce n’est pas si mal : les gens s’imaginent que nous sommes des playboys.

Tant qu’on ne vous confond pas avec des playmates… Que s’est-il passé avant The fidelity wars ?

Antony : Le line-up d’origine différait, deux autres mecs tenaient notre place et, d’après ce qu’on m’a dit, ce n’était pas terrible. Au point que Darren (Hayman – chant, guitare) a entamé une carrière solo. Je me suis joint à lui pour jouer des percussions et nous avons rencontré John, qui devait sortir le single sur lequel nous bossions. Darren a souhaité qu’il joue de la basse. Au début, le trio ne devait durer que le temps d’un 45 t. On a donné deux ou trois shows de promo…

John : Et puis, nous avons réalisé qu’on formait un groupe à nous trois. On a commencé à s’intéresser au résultat. Comme ça, sans avoir rien planifié, nous sommes devenus Hefner !

Sur l’album figure Hymn for the cigarettes. Fumerait-on au sein d’Hefner ?

John : Il y a trois fumeurs, en effet. Quatre avant qu’Antony arrête.

Antony : Etre assis au fond du bus dans leur fumée touche à l’horreur.

John : L’an dernier, nous avons joué à New York et on hallucinait. On ne pouvait fumer nulle part. Ni à la radio, ni dans certains clubs !

D’où sort le son d’Hefner ?

John : Nous avons des influences plutôt vastes. Nous aimons tous le rock alternatif américain. Des gens comme Lambchop, Vic Chesnutt. Chacun a ses propres goûts en dehors de cela. J’aime la soul des années 60, Motown, Antony est porté sur le folk. Jack (le petit nouveau) et Darren aiment la country. Quand ils sortent leurs disques dans le bus, on se dit à chaque fois : « tiens, je ne connais pas ce truc-là ».

Antony : Cependant, on ne se bat pas pour passer nos disques préférés. On finit toujours par s’endormir ! Maintenant, on a aussi un magnétoscope.

John : Distraction limitée au vu de nos collections de films. Heureusement, un copain de Darren lui a refilé un gros sac de cassettes avant notre départ. Des films artistiques européens, en majorité. Sinon, on vient juste de revoir Spinal tap, prélude absolu à une tournée.

Le meilleur documentaire sur le rock à ce jour.

John : Tout juste ! A chaque fois que je vois un « rockumentaire », je repense à Spinal tap. Nous nous situons à l’opposé. Quand on arrive dans une salle, les gens sont surpris par le peu de matériel que nous amenons.

Antony : On a rencontré notre tour manager en Espagne lors d’un concert. Il a bossé pour d’autres groupes avant et il n’arrête pas de nous dire « Faites un effort, les mecs, déconnez un peu, que j’ai de quoi m’occuper ! ». On lui promet d’essayer. Une fois, John a voulu lui coller la trouille, est parti toute la nuit sans prévenir, pour arriver finalement le lendemain en retard à l’aéroport.

John : Ça n’a produit aucun effet. Il a l’habitude d’égarer des membres de groupe. Pendant plusieurs jours, même.

Antony : La première fois qu’on est venus en France, on a joué avec notre nourriture. Dans notre loge, nous avions des baguettes de pain, mais rien pour les garnir. Alors on a organisé un tournoi d’escrime avec les baguettes. En voyant le sol couvert de miettes, on a flippé et fait de notre mieux pour réparer le désastre.

Là, vous exagérez ! Lors de la prochaine interview, j’exige un minimum d’une groupie topless sur vos genoux.

Antony : On n’attire pas les pin-ups topless, juste ces nanas baraquées et effrayantes. Où qu’on aille, elles sont toutes bâties sur le même modèle. En général, elles se faufilent dans notre loge.

John : Nous possédons toutes sortes de fans obsessionnels. On a croisé un type à Sheffield qui nous a promis de suivre la totalité de la tournée anglaise. Là-dessus, il a acheté 5 t-shirts !

Antony : Il y a aussi ces fans qui impriment et distribuent des flyers à leurs frais, sans rien nous dire.

Vous composez dans quelles conditions ?

Antony : Darren écrit la base de toutes les chansons, mais elles prennent vie lors des répétitions avant un concert. Il arrive avec une nouvelle idée et on la travaille ensemble. Si la sauce ne prend pas, on oublie. Après une période de répet’, on a généralement une moitié d’album. En tournée, on jouait les chansons de The Fidelity, alors qu’on était censés promouvoir le précédent.

John : On préfère renouveler notre répertoire, jouer au public de nouveaux morceaux, au lieu de s’ennuyer à refaire les mêmes trucs. Pour l’instant, la setlist comporte pleins de morceaux qui figureront sur l’album à venir.

Antony : On abandonne un morceau quand il nous lasse, pas s’il ne plaît pas aux fans.

John : Nous avons un fond d’égoïsme.

Vous aimez les reprises ?

John : Sur la version single de Hymn for the cigarettes, nous reprenons un titre des Beach Boys, extrait d’une Peel Session. Nous allons sortir un EP comportant quatre titres gospel enregistrés lors d’une autre Peel Session. Darren et Jack ont une idée de reprise saugrenue. Tu te souviens de cette chanson atroce de David Soul, le type de Starsky et Hutch, The Silver lady ? On n’est pas encore sûrs d’aller si loin, mais on étudie l’idée.

Parlez-moi de cette manie des hymnes.

John : Les hymnes évoquent tout ce que nous aimons : fumer, boire du café ou de l’alcool. Sur le premier album figurait Hymn for the postal services, car Darren écrit des tonnes de lettres et tenait à remercier la poste.

Des vidéos en boîte ou à venir ?

John : On en a tourné une seule l’an dernier. On dansait dans un garage.

Antony : Il a fallu apprendre une chorégraphie, c’était catastrophique, mais la vidéo est bonne et regorge de personnages pittoresques. Il y a par exemple un mec qui trébuche sans cesse. Pendant le tournage, il s’est cassé la figure et quelqu’un a filmé sa cheville en train d’enfler. Il y a aussi un gars en vélo, un qui mange des frites et nous en balance…

John : Comme on n’a pas envie de faire semblant d’être sur scène dans nos clips, on embauche des figurants et on essaye d’obtenir un résultat inhabituel. Pour le prochain clip, on va sûrement prendre le même réalisateur, John Hardwick, qui a bossé pour Travis.

Que pensez-vous d’Internet ?

John : Darren et un copain ont mis en place notre site qui a été amélioré depuis. On y trouve des bios, des photos, des paroles. Je ne l’ai pas encore visité.

Antony : Pour moi, Internet encourage les fans dérangés à se sentir trop proches de nous. J’ai rencontré la fille qui gère notre site. Elle est fêlée. A part ça, le Net est un bon moyen de découvrir des nouveautés que les médias classiques ignorent.

Des souvenirs de votre première scène ?

Antony : Ah oui ! J’ai été attaqué ! Ça s’est passé dans un club de Londres, une ex-cave à punks. Nous donnions notre premier show en tête d’affiche et sitôt le soundcheck fini, j’ai picolé. J’étais dans un si sale état sur scène que je me suis blessé, mais le concert a marché.

John : Ensuite, nous sommes allés nous balader avec des amis dans le quartier peu recommandable à côté du club. Soudain, un groupe de mecs a commencé à nous interpeller. On les contourne, mais l’un d’eux avait une ceinture qu’il utilisait comme un fouet.

Antony : La boucle m’a touché à la tête, je pissais le sang, j’étais saoul et je voulais riposter.

John : Ça s’est terminé dans une ambulance. Difficile de faire plus mémorable !

Propos recueillis par


Lire la critique de « The Fidelity wars », dernier opus d’Hefner
Voir également le site officiel du groupe