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Entre le grand tout et le petit un, son coeur balance. Interview dialectique à l’occasion de la sortie de son nouvel album, Robots après tout : on a demandé à Philippe Katerine de se décider. Une bonne fois pour toutes..

– version intégrale de notre interview publiée dans Chronic’art #21, en kiosque –

Chronic’art : Huitième ciel ou septième art ?

Katerine : C’est quoi le septième art ? Le cinéma ? Dis donc, c’est vachement dur tes questions… Y a pas de sous-questions ?

Tu fais de la musique et du cinéma, est-ce qu’il y a une de ces deux disciplines qui l’emportent sur l’autre, aujourd’hui, ou à l’avenir ?

Entre les deux ? Mon coeur balance ? Non, je ne ressens pas vraiment de différence. Je ne me sens surtout pas cinéaste, surtout pas chanteur non plus. J’aime bien m’exprimer, mais je dessine aussi, c’est un art également… J’essaie de cuisiner aussi. Pour moi, il n’y a aucune différence entre toutes ses disciplines. Je n’ai pas de spécialisation. J’ai fait un peu plus de chanson que de cinéma, mais je ne peux pas dire que je me sente plus à l’aise dans une activité que dans une autre. Quand j’ai fait un film, je ne me sentais pas cinéaste. Je ne me sens pas musicien non plus. Mais les deux se parlent entre eux, sans que j’en sois vraiment responsable.

Le cinéma a beaucoup imprégné ta carrière musicale… Tu as fait des BOF, un disque pour Anna Karina….

Tout ça avance toujours en bloc, les deux dialoguent. Mais autant que la cuisine, la marche à pied ou le jardinage, encore une fois… Je ne suis pas spécialiste. Je sens bien que tout ça se nourrit, qu’il y a un dialogue. Mais ça ne m’appartient plus vraiment.

Tu disais dans une interview à propos de Peau de cochon que ta manière de filmer avait influencé ta manière de composer…

Oui, c’est vrai. Dans Peau de cochon, j’avais un outil que je ne connaissais pas, la caméra. Et pour cet album, j’avais de la même manière un nouvel outil, inconnu : une machine, la Groovebox. Je n’avais jamais travaillé avec des machines. Programmer un pattern, j’en étais incapable. Et pourtant, je voulais un peu me perdre dans quelque chose que je ne connaissais pas. C’était plus spontané, et il me semblait qu’il fallait que j’invente une façon de me servir d’un outil que je ne connaissais pas. Comme la caméra, ça peut être aussi simple que d’appuyer sur un bouton rouge. C’est pour ça que ça y ressemble : la méthode est un peu la même. Je suis obligé de réinventer, comme si j’étais vierge complètement.

Quelle a été la part de Gonzales et de Renaud Letang dans la production du disque ? Comment vous avez travaillé à trois ?

Moi, je fais mes maquettes avec cette machine, la Groovebox, et un magnéto-8 pistes. Je l’ai utilisé vraiment bêtement, et c’est ça qui me plaisait. J’ai enregistré sur 8 pistes, comme je le faisais jadis sur 4 pistes. Je leur ai apporté les maquettes, et eux ont repris l’affaire en main. Moi j’étais là, mais la plupart du temps avachi sur le canapé… Ca me plaisait comme ça. J’avais fait des arrangements, qu’ils ont repris, ou contredit. Il y a des chansons qui sont restées à peu près les mêmes. Ils ont poussé les idées jusqu’au bout. Par exemple, ils l’ont reprise de A à Z la chanson Titanic, parce que c’est une chanson que j’avais composé juste avec un pied de grosse caisse.

A la Peaches ?

Euh… non. Ca faisait plus Fossette, en fait… Mais ça leur paraissait insuffisant. Renaud disait : « Ca va pas être supportable plus de trois minutes« , alors Gonzales a composé un morceau de piano dessus, et j’ai trouvé ça mieux en effet. C’est un exemple. Sinon, il y a des chansons qui sont restées dans l’esprit de la maquette…

Et la chorale, c’était une idée de toi ?

Oui, j’avais envie de surfer sur la vague « Choristes » (rires). Non, pas du tout… Les chansons que j’avais écrites fonctionnaient bien avec une collectivité et une individualité : l’idée que je veux rentrer dans un groupe, que j’en suis exclu, c’était un peu le thème, un des thèmes du disque. L’incommunicabilité, le rejet : tu aimerais bien faire partie du groupe, mais finalement endosser un uniforme n’est pas la meilleure des idées. Ou tu aimerais bien avoir un uniforme, mais tu n’y a pas droit, on te le refuse.

D’où l’idée de « robots » ?

Ouais, on est tous des robots… C’est plutôt l’idée affreuse de faire partie d’un groupe où tout le monde te ressemble. On s’aperçoit vite que c’est une idée atroce.
Daft Punk ou TTC ? J’ai pensé à TTC pour les textes un peu surréalistes, et pour ta voix doublée sur Borderline, qui fait très rap…

Oui, c’est possible. Sauf que eux ont une vraie culture hip-hop, beaucoup plus forte que la mienne. J’adore TTC. J’aime bien Daft Punk aussi, mais chez TTC, il y a quelque chose dans le texte qui s’ouvre vraiment. J’ai entendu les nouvelles maquettes de Tekilatex, faites avec Gonzales : je trouve ça très fort. Ca donne l’impression que la chanson française n’est pas finie. Ca fait du bien de constater ça, que ce n’est pas mort.

Toi-même tu utilises un certain flow, une manière de scander, d’énumérer, qui peut se rapprocher du rap en un sens.

C’est pas du hip-hop non plus. J’en écoute, mais je me sens un peu comme un étranger par rapport à cette culture. Mais, en maquettant, avec la Groovebox, tu évites certains tics d’harmonies, que tu peux avoir avec la guitare. Au bout d’un moment, tu n’en peux plus, tu ne sais plus comment t’en tirer. Donc je suis plus parti sur des rythmes que des harmonies, c’était ça le changement.

Et comment as-tu trouvé le titre de l’album, Robots après tout ? C’est assez opportuniste comme titre, une manière de réagir à chaud sur l’actualité musicale comme ça, c’est original et amusant…

Le dernier Daft Punk m’a bien interrogé, sur le fait de faire des choix, de prendre position. C’est un disque vachement radical, plutôt vide, qui résonne comme du néant un peu… Moi j’avais toujours tendance à en rajouter, à faire joli, à remplir. Quand j’ai écouté ce disque, je me suis dit qu’en tant qu’auditeur, je me sentais libre, libre d’intervenir sur cette musique, d’y prendre place, comme un acteur principal. J’ai découvert, un peu tard, que la musique, comme le cinéma, c’est un choix, une question de choix. Décider de faire des chansons avec une toute petite machine, c’est un choix, assez radical. Avant, je faisais des chansons avec une guitare, un piano, je pouvais penser à des cordes. En réduisant ses choix, c’est un peu l’opposé qui se passe : tu as l’impression de ne plus avoir de limites. Ca vient aussi un peu du film que j’ai fait : tu fais le choix d’être en plan séquence, en vision subjective, ça donne plus de liberté finalement.

Les chiffres ou les lettres ?

J’aime bien le mélange des deux. C’est ça qui me plait… On disait de Sinatra qu’il pourrait chanter l’annuaire. L’annuaire, c’est sublime : tu as des lettres, des chiffres, qui t’évoquent quelques chose. Des noms, des prénoms, et tout de suite après, des chiffres. C’est une lecture plus qu’enrichissante. Ca m’évoque Daft Punk justement : c’est vide et c’est à toi de t’engager. Ca ne laisse pas de tout repos, cette lecture de l’annuaire… Alors dans l’album, il y a des chiffres, des numéros de sécurité sociale par exemple, qui sont liés à des sentiments. J’ai toujours aimé le mélange des deux.

Mais là plus que d’habitude, j’ai l’impression… Il y a des énumérations, presque des comptes à rebours.

J’y vois beaucoup de liberté.

Les chiffres sont aussi liés à la machine, aux 1 aux 0…

Bien sûr. Quand tu travailles avec une machine, il ne s’agit que de chiffres : numéro 79, tempo 124. Avec la guitare, tu n’as aucun chiffre, à part six cordes. Ca m’a paru un terrain idéal pour moi.

Il y a aussi une chanson sur le 11-Septembre. Ca correspond à quoi ? Ce sont des souvenirs de cette journée du 11-Septembre ?

Oui, je me suis souvenu de ce que j’avais fait ce jour là. Je l’ai raconté. On pose souvent la question : « Qu’est-ce que tu faisais le 11-Septembre ? », ou bien  » Qu’est ce que tu faisais en 1998, quand la France a gagné ? ». C’est devenu de l’ordre de la conversation courante. Ca permet de raconter des choses de toi. Et puis c’est une chanson d’improvisation aussi. Elle parle également de l’individu face à la collectivité : dans ses actes, il est complètement exclu, tout en y étant. Alors qu’il se passe un truc énorme, il a une perception singulière d’un événement collectif, je trouve ça émouvant. D’ailleurs je pose souvent la question « Tu faisais quoi le 11 septembre ? ». Les réponses sont souvent en désaccord avec ce qui se passait réellement.

Moi j’étais dans les bureaux de Chronic’art. J’étais au téléphone et mon interlocuteur m’a dit : « Vous ne regardez pas la télé chez vous ? Il se passe des truc à New-York »…

Oui, on a l’impression que c’est la fin du monde…

Gonzales ou Gotainer ? Parce que je trouve que la chanson Après moi ressemble un peu à un morceau de Gotainer

Oui, c’est vrai. Mais j’ai toujours bien aimé Gotainer. Le Mambo du decalco, quand tu réécoutes ça aujourd’hui, il y a bien sûr l’aspect farce, mais derrière, finalement, il y a autre chose, tu peux passer du temps sur cette chanson. Ce sont souvent des mises en scène. Je ne suis pas fan non plus, je me suis aperçu après de la ressemblance. Mais la référence ne m’a pas déplu. Il y a un côté clown démiurge chez lui que j’aime bien. Comme un metteur en scène. Mais je suis plutôt Gonzales quand même…

Toi, tu as l’impression d’être metteur en scène aussi, avec la chorale, tout ça ?

Oui, j’ai eu l’impression de créer des situations. Des situations visuelles, aussi bêtes qu’un type qui chante avec une chorale dans des lieux comme un désert, une ville ou un stade de football.
Tu vas poursuivre cet aspect là, faire des clips ?

Oui, c’est prévu… J’aimais bien là-dedans l’idée de tribu. Très rapidement, j’ai pensé à une espèce de tribu qui essaie de vivre ensemble après une catastrophe nucléaire, l’activité artistique d’une tribu, dans un refuge. Qui essaie de vivre ensemble, de faire des mises en scène, pour tenter de se regrouper, de vivre, de survivre. C’est une image qui m’est venue rapidement. J’imaginais cette tribu, juste avec une Groovebox, qui essaie de faire des chansons, avec la mémoire de chacun des membres de la tribu. Chacun chante sa chanson : Patati patata, ce serait un des membres de la tribu qui fait sa petite chanson. Chacun proposant quelque chose qui ne se nourrit que de lui-même… Un peu comme dans les livres de Raymond Roussel : chacun doit proposer un spectacle unique, qui ne se nourrit que de lui-même, de ses souvenirs… J’imaginais ce qu’aurait fait chaque personnage avec sa Groovebox, comme un instrument primitif, antédiluvien, qu’on redécouvre…

Il y a les Polyphonic Spree, aussi, qui forment une belle chorale… Tu connais ?

Oui, mais ça me plait moins : il y a un truc un peu hippie, plein de bonnes intentions, qui m’ennuie assez vite. Mais bon, une chanson de temps en temps, c’est pas mal.

Et Gonzales, alors, comment tu l’as rencontré ?

J’avais fait une chanson pour le magazine So foot avec lui. J’avais procédé de la même façon : j’avais composé un morceau avec la Groovebox, que Renaud Letang avait mixé, et Gonzales était intervenu dessus. Le résultat m’avait beaucoup plu. Je pensais que c’était naturel de continuer avec eux. J’étais ravi de travailler avec Gonzales. C’est un musicien extrêmement sensible, beaucoup plus musicien que moi. J’en avais besoin puisque mes maquettes ne respiraient pas forcément la musique, mais relevaient plutôt de mises en situation. C’est ce qu’il a apporté, avec sa sensibilité étonnante. J’étais souvent étonné du résultat. Et puis on s’est entendu parfaitement. On a appris à se connaître petit à petit et on est devenus amis. J’ai trouvé un frère d’Amérique…

Il vit plutôt à Berlin non ?

Non, il vit en France, à Paris. On se voit de temps en temps dans la rue. Il me fait boire des cafés à l’américaine, ce qui me paraît complètement fou : boire du café sur un banc, que tu vas acheter dans un libre service…

Marine Le Pen ou Lionel Jospin ? C’est pas un vote, hein ? C’est juste que ce sont deux personnages politiques cités dans ton album…

Ha oui, c’est vrai tiens, Lionel Jospin apparaît dans 11-Septembre

C’est un disque politique en fait…

Je suis content de te l’entendre dire. C’est ce que j’ai pensé aussi : c’est un disque politique (rires). L’histoire avec Marine Le Pen est une histoire vraie. Le début en tout cas. Après, c’est ma parano qui l’a emportée. Mais je pensais que c’était vrai après. Marine Le Pen, c’est un personnage de roman. Lionel Jospin, un peu moins. Marine Le Pen, c’est un personnage intéressant, surtout de dos. Ca peut nourrir des fantasmes. Comme une pièce de monnaie, il y a pile et face et ce n’est pas du tout la même personne, finalement. Elle se découvre… C’est une chanson de fantasme, qui ne transmet que de mauvaises choses : je suis moi-même le dindon de la farce, c’est moi qui suis pris en faute. Je suis poursuivi par ce qu’elle représente aussi. Je suis poursuivi par ce qu’elle dégage, par son image. Et j’ai peur, peur de moi-même. C’est une chanson très honnête en même temps, sur le mal que je suis. Et j’aimais bien l’idée que ce soit une chanson constituée que de choses pénibles. Ce ne sont que des choses désagréables qui se mélangent, la musique n’est pas forcément attrayante… J’aime l’idée qu’une chanson soit tout à fait repoussante. Avant, je n’aurais pas forcément fait ça. A d’autres moments de ma vie, j’aurais mis ça au panier. Mais là ça aurait été une erreur.

Pourquoi ?

Parce que j’ai accepté le fait d’avoir peur. La peur, c’est à la fois mon ennemi mais aussi mon moteur. En prenant cette Groovebox, j’ai décidé de ne pas avoir peur de l’inconnu. Mais mon ennemi est toujours là : j’ai été élevé dans la peur, et j’en ai marre d’avoir peur. Alors j’essaie de conjurer ça, en acceptant ce genre de chanson qu’auparavant je n’aurais pas jugé acceptable.

Tu affrontes tes démons, en quelque sorte ?

Oui, mais je les aime en même temps. Dans ma vie aussi, j’essaie de ne plus avoir peur et c’est vraiment une lutte quotidienne. C’est une chanson sur ça. Jospin fait moins peur. Il est donc moins intéressant du point de vue de l’écriture. J’en parle peu. Il revient une fois et c’est tout. Je pensais ne plus avoir peur, mais je remarque que ça continue : peur de prendre des décisions, peur de faire des choix, peur de prendre le métro, peur d’aller à l’ANPE, j’ai toujours peur. Mais j’essaie de progresser.

Dans une chanson, tu dis « Je pense à la mort tous les jours ». Ca a l’air grave, vu de l’extérieur.

C’est commun, il me semble…

Non, moi ça va.

Je suis sûr qu’en chantant ça, ses peurs, ses frayeurs, c’est une manière de les appréhender, ça fait du bien.

Pour toi la musique a une fonction presque thérapeutique comme ça ?

Oui, absolument. Ca me dégage d’un poids, je me sens beaucoup plus léger après une chanson. Quand je n’en fais pas pendant quinze jours, je me sens super lourd. Là, je n’en ai pas fait depuis trois mois, j’ai l’impression d’être obèse, de me traîner.
A poil ou en culotte ?

Pour la pochette, on voulait exprimer cette idée de tribu, qui se retrouve dans cette tenue, inexplicablement, qui est obligé de garder ces vêtements là. Comme une seconde peau. Tu noteras que sur la pochette, je n’ai pas de perruque, contrairement aux autres…

Parce que tu es un peu le gourou de la tribu.

On peut dire ça. Ou alors, parce que je suis l’exclu. Quand tu décides de faire des chansons, tu t’exclues toi-même de la société, à mon avis. Ce n’est pas un drame, mais…

En même temps, tu as un rôle dans la société, tu témoignes, tu as une fonction sociale.

Oui, mais comme chacun. Le type qui fait la manche dans la rue a un rôle aussi. D’interrogation par exemple. C’est à peu près du même niveau.

Le type qui fait la manche on en parle justement comme d’un « exclu », tandis que faire des chansons, c’est quand même faire partie de la société.

Pas plus à mon avis. C’est un petit point d’interrogation, qu’on tente de poser, mais c’est moins fort selon moi qu’un type qui fait la manche dans la rue. Ca pose moins de questions.

Sur la pochette des Créatures, tu posais à poil avec une cigarette. J’ai toujours trouvé ça étonnant : en général, on commence par arrêter de fumer et puis on ôte le reste. La cigarette, ça relève vraiment du superficiel, de l’accessoire, complètement inutile dans la nudité… Non ? C’est comme si tu t’étais débarrassé de toute contrainte sociale, normative, et qu’en même temps tu en conservais l’accessoire le plus « accessoire » justement…

Ce n’est pas de l’accessoire, c’est ce qui relie. Bientôt, on n’aura plus le droit de fumer dans les restaurants, alors que c’est ce qui relie. Ce qui sort de ta bouche va être relié au nez de ta voisine, que tu ne connais pas. C’est quand même une relation sociale gigantesque, qui sera supprimée bientôt. Il y a une relation sociale très forte qui s’insinue entre les gens via la fumée de cigarette. Et justement, tu ne peux pas lâcher ça, cette espèce de fil rouge entre des humains qui n’ont rien à se dire. C’est fort quand même. Fumer ça reste une survie sociale. Moi je le vois comme ça.

Donc, la question suivante c’était : smoking ou no smoking ?

Alors carrément : smoking !

VIP ou nobody ?

Les nobodies, ça relève de l’orgueil…

Ca reprend la question que tu posais sur le groupe, la collectivité, en être ou pas…

Complètement VIP, alors. Comme tout un chacun. Je trouve super important de « signer » ce qu’on fait, de ne pas se défiler… Nobody, qu’est-ce que ça veut dire ? Ca me fait penser à Jérôme Laperruque, qui tient son journal sur le Net (et qui collabore à Chronic’art, ndlr). Il signe, lui. Si c’était nobody, ce serait de la lâcheté.

En même temps, il y a le besoin de se fondre dans la masse, chez tout le monde, de faire partie du groupe, de la société.

Oui, moi aussi j’ai besoin de passer inaperçu. Mais c’est bien de s’exprimer. Je n’ose pas le faire quand je prends le métro, pourtant j’aimerais bien. Mais je m’habille, je me comporte pour m’intégrer au groupe, pour passer inaperçu. Ce qui est vachement bien aussi. Mais il ne faut pas être anonyme non plus. Ca veut dire « lettres anonymes », ça veut dire la lâcheté…

100% VIP, ce sera le single ?

Oui, ce n’est pas moi qui ai décidé, c’est la maison de disques. Mais bon, à partir du moment où la chanson est sur l’album, c’est que je l’aime bien. C’est Pierre Bondu qui a fait la musique, au départ pour lui. Il me l’a fait écouter et j’ai eu une idée pour en faire une chanson. Je ne lui ai pas racheté son morceau, mais je l’ai supplié (rires).

C’est une chanson drôle.

Oui, mais agressive aussi.

Un peu politique aussi, dans son ironie…

Ah oui, je crois. On peut la prendre comme ça. Et les enfants l’adorent, ils en sont fous. Est-ce qu’ils voient, eux, le côté politique, je n’en suis pas sûr…

J’ai l’impression que tu fais des singles pour les enfants. Je vous emmerde ou Mon petit chou plaisent aux enfants spontanément. Mon petit chou, c’était une chanson pour ta fille ?

Oui, en quelque sorte… Moi ce que j’apprécie dans ce disque, c’est que pour une fois justement, ma fille a envie de l’écouter. Elle ne trouve pas ça triste ou trop sérieux. Je suis accepté par les enfants, ça me fait vachement plaisir. Sinon, ça paraît inutile. Je suis ravi de voir des enfants enthousiastes sur mes chansons. Avant, c’était plutôt l’indifférence.

C’est peut-être parce que toi-même tu as fonctionné de manière un peu enfantine pour composer ce nouvel album en jouant avec cette machine ?

Oui, c’est complètement primitif. D’où aussi la référence à Gotainer… parce que j’étais un enfant devant cette machine. Je n’avais plus du tout les réflexes d’un type qui a écrit une centaine de chansons avec une guitare… La prochaine fois, j’essaierai avec une batterie peut-être. Ca fait du bien de retrouver une sorte de virginité. Un peu comme avec le film et la caméra. Mais une virginité que j’ai retrouvé à 36 ans, de façon inattendue…

Dernière questions : coupable ou innocent ?

Coupable, forcément. Responsable, donc coupable. C’est toi qui fais les choix.

La responsabilité, ça peut innocenter aussi. Dans le sens où si on est responsable, on a le droit de faire des erreurs. On les fait en toute bonne foi. Et donc on n’est pas coupable de nos erreurs ?

Mais c’est ça qui est bien. Les erreurs, c’est un cadeau du ciel. Y compris en musique. Et puis les erreurs, c’est quand même pas loin du péché, c’est un peu catholique. Donc coupable, forcément, mais avec beaucoup de joie. Donc, coupable, point d’exclamation !

Propos recueillis par

Lire notre chronique de Robots après tout.
(Re)lire notre chronique de Peau de cochon