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Depuis le 2 mai, jusqu’en janvier 2000, une exposition est consacré à Jean Moulin, héros de la Résistance. Rencontre et entretien avec Christine Lévisse-Touzé, directeur du Musée à Paris.


Chronic’art : Christine Lévisse-Touzé, vous proposez depuis le 2 mai dernier une exposition consacrée à Jean Moulin : incarnation et archétype même du héros de la Résistance, mais aussi, passionné d’art et artiste lui-même…

Christine Lévisse-Touzé : Depuis longtemps je voulais faire une exposition sur Jean Moulin, à la fois l’homme, le dessinateur et l’amateur d’art. L’objectif de cette exposition, qui s’inscrit dans le cadre du centenaire de sa naissance, est d’en montrer les attaches méridionales, la famille, mais aussi sa culture politique, son environnement, et ses débuts dans la carrière administrative. En tout, l’exposition présente plus de trois cents pièces, dont une partie en prêt tournant, en raison de la fragilité de certains documents, comme c’est le cas pour les toiles prêtées par le Musée des Beaux-Arts de Béziers et également les carnets de son journal qui relate les événements de Chartres entre le 14 juin et le 2 novembre 1940.

Beaucoup de polémiques ressortent actuellement sur la dénonciation de Moulin, ses fréquentations politiques. A vos yeux d’historienne, que doit-on retenir de l’homme Jean Moulin ?

Jean Moulin était un homme de gauche, indéniablement, sans toutefois qu’on puisse dire à quel parti il était affilié : il aurait été proche des milieux radicaux-socialistes, mais il n’était pas communiste. « Tout ça c’est de la foutaise », comme le disait Claude Bourdet, grand résistant, membre du mouvement Combat. Je retiendrais un homme de grande valeur comme administrateur, et reconnu comme préfet aussi bien par des gouvernements de droite que de gauche, ce qui ne manque pas de piquant. Moulin arrive dans la Résistance doté d’une dimension d’homme d’Etat, et non d’homme de parti. Sa vision est celle d’un grand serviteur de l’Etat -même si le terme est un peu galvaudé- dont l’objectif est de défendre les libertés démocratiques et républicaines. Jean Moulin a été marqué par la guerre civile espagnole et Daniel Cordier, son secrétaire durant la guerre, montre comment il en a tiré les leçons pour la Résistance, en évitant la désunion, en défendant un but commun, résolument contre la collaboration.

Curieusement, Jean Moulin n’a pas beaucoup inspiré les réalisateurs de cinéma, en regard des nombreux films sur la guerre et la Résistance.

C’est très difficile de faire un film sur Jean Moulin parce qu’il ne faut pas rendre mièvre ou singer sa personnalité. Vous remarquerez qu’il n’y a pas eu de grand film sur le Général de Gaulle non plus. Plutôt que d’en faire un mauvais, peut-être vaut-il mieux qu’il n’y en ait pas du tout !

Propos recueillis par

Lire notre papier sur l’exposition
Musée Jean Moulin
23, allée de la 2e DB – Jardin Atlantique
Paris 15e
Renseignements : 01 40 64 39 44