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A peine connue sur le territoire hexagonal, l’œuvre electro-torturée du jeune Français Matthieu Maire a recueilli ces dernières années les louanges d’artistes et de critiques outre-Manche. Après deux disques novateurs et un album de mixes, repoussant encore les limites de l’expérimentation, Celluloïd Mata est de retour avec le très puissant Invasion of. Pour que son travail soit enfin reconnu à sa juste valeur sur notre territoire, nous avons jugé nécessaire de vous présenter ce petit génie de la recherche sonore…


Chronic’art : Comment es-tu arrivé à créer Celluloïd Mata ; quel est ton itinéraire musical ?

Matthieu Maire : J’ai toujours eu l’habitude de jouer dans des formations « rock ». Ca m’a lassé de plus en plus, et en 1996 je me suis mis à composer seul. J’ai sorti un premier 45 tours. C’était le début du label V-Lego, qui a sorti trois autres références depuis. Rapidement j’ai découvert Noise MuseuM Records. C’était vraiment le label qu’il fallait pour sortir mon premier CD, Fancy binaries (en 1997).

Tu es l’un des piliers de Noise MuseuM. Comment y es-tu rentré ?

J’ai envoyé un disque.

Quelles sont tes principales influences musicales ?

Je reste très attaché à des groupes comme Einstürzende Neubauten, Legendary Pink Dots… Ces groupes ont, c’est une évidence, eu une forte influence sur mon parcours musical. Aphex Twin aussi a joué un rôle important. C’est son Selected ambient works 85-92 qui m’a donné l’envie de créer des morceaux électroniques.

Peux-tu énumérer la liste de ton matériel, en studio et en live… Comment travailles-tu en concert ?

4 pistes, Yamaha DX 100, Boss DR 550, des effets (pédales pour guitare, vocoder…). Je n’utilise pas de sampler pour l’instant. Le live est particulier, j’utilise un ordinateur pour générer des boucles, ma boîte à rythmes et tous mes effets, ainsi que mon 4 pistes dans lequel je balance plein de vieilles cassettes avec des nappes, des voix, des rythmes… Tamara Goukassova m’accompagne la plupart du temps avec son violon, c’est un apport vraiment intéressant. Parallèlement, Christophe Roy s’occupe des visuels…

Quelle place tient le hasard dans ta musique ? La programmation n’est-elle pas une barrière ?

Comme je n’utilise pas l’informatique dite « dure » pour composer, je ne m’expose pas à ce problème de hasard. Quand j’ai une idée ou une structure en tête, je branche mes petites machines, et je tente de la concrétiser sans ajouter trop de fioritures. J’essaie de simplifier les choses le plus possible. Simple, brut.

Peux-tu expliquer les raisons pour lesquelles tu as abandonné la scène… Est-ce définitif ?

Je n’ai pas le temps pour m’y consacrer pleinement. En plus, ça me fatigue d’entendre des spéculations à deux balles à propos de la musique électronique en live. Non vraiment, le live, très peu pour moi. Cependant, je joue encore live, mais pour des collaborations. J’ai ainsi joué deux dates en Allemagne avec Ultra Milkmaids cet été, et il est fort possible que d’autres concerts aient lieu dans ce pays cette année.

Comment définis-tu ta musique : indus’, ambient… ?

Je lis souvent « heavy ambient », ça me va. Je souhaite que Celluloïd Mata soit rattaché à une mouvance lo-fi cracra plutôt qu’à de l’électronique pure et dure.

Le fait d’avoir sorti l’album de remixes Mix oscillations a sûrement été l’occasion de rencontrer des gens. Cela se soldera-t-il par de nouveaux projets (collaborations, productions…) ?

Ca m’a permis de rencontrer des gens formidables. Je suis allé enregistrer quelques morceaux chez James Plotkin, à New York. C’était vraiment sympa. Nous espérons que ces morceaux (certains comportent des voix féminines) sortiront bientôt. Le résultat est terrible ! Par ailleurs, je travaille sur plusieurs autres collaborations en ce moment. Le résultat devrait voir le jour sous la forme d’un coffret triple 45 tours chez Noise MuseuM.

Depuis le premier album, la musique de Celluloïd Mata a toujours été minimaliste. Cependant, Invasion of me paraît encore plus dépouillé, plus squelettique (certains morceaux ne comportent qu’une boîte à rythmes en son clair, les synthés sont -de manière générale- beaucoup moins présents…). Doit-on y voir une volonté d’avoir plus d’emprise sur les sons utilisés ?

Comme je l’évoquais plus haut, j’aime rendre les choses simples. Aller droit au but, et laisser de côté ce qui n’est pas essentiel. C’est pour ça que les derniers morceaux sont aussi dépouillés.

Invasion of contient un morceau chanté, c’est le premier de Celluloïd Mata… Es-tu pleinement satisfait de la rencontre entre tes rythmiques synthétiques -froides- et une voix humaine si chaude, si sensuelle ?

Oui, totalement. Avant de faire le morceau, il n’était pas évident d’imaginer le résultat. Mais ce mélange voix/synthétique apporte quelque chose de vraiment nouveau dans mon travail. La voix est ici considérée au même titre que le reste de mes recherches sonores : elle est brute et tendue. Cette touche de « féminité » est un plus pour Celluloïd Mata.

Seras-tu amené à en produire plus fréquemment ? Une seule pour cet album de treize titres, c’est bien peu…

Cette expérience en annonce d’autres. Mais ça restera cependant minime, trop de morceaux comme celui-ci effaceraient l’intérêt que peut y trouver l’auditeur.

As-tu d’autres projets pour te diversifier, pour produire des albums plus variés ?

Celluloïd Mata est mon seul projet, et c’est bien ainsi. Si un autre projet doit voir le jour, il sera accompagné de l’actuel logo de Celluloïd Mata, même si ça sort sous un autre nom.

Tu possèdes ton propre label, V-lego. Est-ce uniquement pour tes seuls morceaux, où la production d’autres artistes t’intéresse-t-elle ?

J’ai créé V-lego pour la sortie de mon premier 45 tours. Depuis, un second EP de Celluloïd Mata est paru, puis nous avons sorti avec un ami de longue date un 25 cm side project intitulé MY. Il y a eu aussi un 45 tours de Duofox -de la pop noise-, mais je n’ai rien à voir dans ce projet. Les productions de V-lego ne sont pas du tout destinées au grand public, nos tirages n’excèdent pas 200 copies. C’est donc plutôt pour les amis… Je ne vois pas V-lego se transformer en mini-label performant avec plusieurs artistes. Nous nous contenterons de quelques galettes pressées pour offrir à Noël. Cependant, j’avoue être intéressé par la production d’autres groupes, mais ça serait plutôt tendance « surf instrumental », car je suis fan de ce genre de musique.

Tes impressions sur les autres musiciens électroniques français actuels…

Il se crée de très bonnes choses dans nos contrées. Je ne connais pas tout ce qui se fait, mais il y a pas mal d’artistes français que j’apprécie vraiment dans mon entourage musical. Je pense à Ultra Milkmaids, Etereo Expandeum Club, Oil 10, Fragile, Drahomira Song Orchestra, Elektroplasma, Phagz ou encore Xylonite Patenschaft.

Quel est l’artiste ou le groupe dont tu te sens le plus proche musicalement en ce moment ?

Sans hésiter, je dirais Marita Schreck. Nous avons pas mal de sons et de structures en commun.

Tes prochains projets musicaux ?

Il va y avoir un coffret ultra limité sur Noise MuseuM, intitulé Invaders, avec notamment Ultra Milkmaids, Imminent Starvation et d’autres surprises. Après le 25 cm 4 titres en collaboration avec les Milkmaids sur Ant-Zen, nous allons aussi sortir un LP.

Comptes-tu un jour t’ouvrir à d’autres instruments (électroniques ou non) ? Te limiter indéfiniment à ceux que tu possèdes actuellement n’est-il pas risqué ?

Je suis issu d’une formation classique (guitare, violoncelle) et peut-être que j’y reviendrais un jour. Cependant, le support électronique me permet de composer seul, et c’est vraiment ce que je recherche. Il y a aussi le côté affectif que l’on peut accorder aux machines, aussi bien qu’aux instruments classiques. C’est vrai que l’on risque de tourner en rond à force d’utiliser toujours le même matériel. Au fil du temps, l’acquisition de nouveau matériel me paraît nécessaire, si petit qu’il soit.

Avec quel artiste ou groupe aimerais-tu collaborer ?

J’ai toujours rêvé de collaborer avec Edward Ka-Spel (Legendary Pink Dots), et ce projet est en train de prendre forme pour mon plus grand bonheur. Je pense aussi à Scanner. Son récent disque, Lauwarm instrumentals, est totalement génial.

Propos recueillis par

* John Updike

Lire notre critique de &numero=44&num_rubrique=1″>Invasion of de Celluloïd Mata