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Entre electronica discrète et post-post-rock, Hood déploie ses paysages sonores comme autant de vignettes pop graciles et précautionneuses. Comme sur ce Outside closer, septième album. Mail-interview de Christopher Adams, co-leader du groupe de Leeds.

Chronic’art : Je me demande comment vous composez. Est-ce que ça se passe en studio, quelqu’un apporte la chanson et les autres y ajoutent leur partie ? Quelle est ici la part du groupe et quelle est la part des individus ?

Christopher Adams : Ca varie à chaque fois. Nous essayons et approchons les choses sous différents angles. Parfois les chansons sont complétées dans un très court laps de temps, parfois elles restent en attente pendant une éternité et parfois nous ressortons soudainement de vieilles idées qui nous permettent de finir les morceaux. Je crois que si à la fin de chaque journée tout avait été fait de manière méthodique, nous courrions le risque de voir notre musique devenir rigide et répétitive. Donc notre manière de travailler est plutôt chaotique, du début à la fin.

Techniquement, comment enregistrez-vous ? L’enregistrement fait-il partie du processus de création ?

Je crois que c’est très facile d’être embrouillé par le processus d’enregistrement. Ce que nous utilisons pour enregistrer n’est pas pertinent. Nous ne jurons pas par un certain programme ou quoi que ce soit car la technique limite autant qu’elle facilite le travail. C’est incroyable tout ce qui peut être utilisé tout en restant abordable, et je trouve ça super, mais nous pourrions être aussi heureux avec un vieux magnétophone qu’avec un ordinateur.

Comment considérez-vous l’évolution aujourd’hui de la musique électronique ? Quelle est votre opinion sur la musique mainstream (le R&B) ? Pourriez-vous aujourd’hui réitérer l’expérience d’une collaboration avec des rappeurs, comme vous l’avez déjà fait avec cLouddead ?

Je ne sais pas. J’ai l’impression qu’il y a une accalmie par rapport à il y a quelques années, lorsque soudainement tout le monde pouvait se payer un ordinateur, ce qui a eu un gros impact sur les possibilités de chacun pour produire de la musique. Aujourd’hui, il y a des choses incroyables en R&B qui arrivent à mes oreilles, qui renvoient l’electronica expérimentale underground dans l’obscurité. Personnellement, j’aime autant la musique mainstream que la musique expérimentale. C’est une question de contrastes. De façon générale, nous aimons les mélanges. C’est ce qui nous a motivé pour contacter cLouddead. Mais une fois qu’une idée a été concrétisée, nous passons à autre chose, c’est la seule façon d’avancer.
Il y a toujours ces ambiances atmosphériques dans votre musique. Pourriez-vous ne faire que de la musique ambient ? Quelle est l’influence du contexte sur votre création ?

Non, nous ne sommes pas vraiment intéressés par l’idée de ne faire que de la musique ambient, ce ne serait pas satisfaisant. Nous sommes heureux de laisser d’autres artistes le faire. Je trouve toujours intéressant de voir les gens parler de grands espaces à propos de notre musique. Car, à part l’artwork et les lyrics, qu’est-ce qui peut donner cette impression ? C’est une question à laquelle nous n’avons jamais vraiment su répondre : pourquoi une certaine musique provoque certaines images ? J’imagine que c’est répondre à moitié que de dire que la musique est une force puissante, émotionnelle et évocatrice. Des bruits, des sons peuvent vous faire sentir les choses d’une certaine façon. Nous avons tous eu des enfances relativement calmes, nous avons vécu dans des endroits relativement retirés, ce qui peut-être a pu filtrer de notre musique. J’ai toujours assumé le fait que de partir vivre en ville aurait de profondes influences sur notre musique. Désormais, on regrette certes un peu l’espace et la campagne, mais je crois que nous ne pourrions plus y vivre.

Est-ce que vous vivez de votre musique ? Comment considérez-vous l’activité de musicien aujourd’hui. Pourquoi faites-vous de la musique ?

Dès l’instant où l’on se croit musicien, je pense qu’on perd son chemin. Nous ne nous considérons pas comme des musiciens, dans tous les sens du terme, et nous ne vivons pas seulement de notre activité dans le groupe. Je pourrais personnellement lutter pour faire de la musique à 100% de mon temps et en même temps je pense que les considérations commerciales en deviendraient accablantes. La musique devrait être un échappatoire à la nature mondaine de la vie normale, à la fois pour l’auditeur et pour le musicien. Et elle ne devrait pas être considérée comme un « job ».

Que penses-tu du Peer 2 peer ?

Je pense que nous devrions vraiment travailler à trouver un moyen de rémunérer les artistes dont les oeuvres sont téléchargées, car ce sont souvent les plus petits d’entre eux qui en souffrent le plus. Pensez juste au petit groupe indépendant qui a financé lui-même son premier LP et qui ne vend aucune copie parce qu’il a été téléchargé. C’est la fin pour eux. Les artistes plus établis peuvent souffrir un peu du téléchargement, mais ils ont d’autres moyens de vendre leur musique, par exemple pour des pubs. Bref, ils ont assez d’argent et peuvent aller au diable !

Propos recueillis par

Lire notre chronique de Outside closer