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Pigalle. Un petit hôtel très luxueux, entouré de vieilles prostituées tristounettes. Ambiance fantasque pour rencontre rock. Sympathique, avenant et très lunaire, Hawksley Workman semble aujourd’hui mettre au placard son côté dandy gnan-gnan. La rock star s’efface dès la première poignée de main, pour laisser place à un jeune homme sincère et réservé. Conversation avec artiste qui monte qui monte, un jeune loup lucide aux cordes vocales aiguisées, dont le deuxième album The Delicious wolves débarque dans les bacs français.

Chronic’art : Pour ceux qui n’ont pas lu ton livre Hawksley burns for Isadora, pourrais-tu présenter Isadora ? A-t-elle été une muse pour ton dernier album The Delicious wolves ?

Hawksley Workman : C’est une sirène sexy très insaisissable. Elle change d’aspect selon mon humeur. Lorsque j’ai écrit ce recueil de textes, j’étais plutôt perdu. A l’époque, la Yougoslavie était sous les bombardements et j’essayais de m’évader spirituellement. Isadora m’est donc apparue comme une puissance salvatrice. Elle est en moi, elle apparaît et elle disparaît, comme les nuages… Il y a beaucoup de choses sur elle que j’ai exprimées dans Hawksley burns for Isadora, mais c’est vrai que depuis ce livre, elle réapparaît de temps à autre dans mon esprit et dans mon âme. C’est une belle égérie, et de surcroît, une très bonne conseillère.

Il y a un côté très sexuel dans ton album, comme sur les morceaux Striptease ou Jealous of your cigarette ? Est-ce une façon délibérée de te lâcher un peu plus qu’auparavant ?

Le premier album aussi est sexuel, mais plus gentil, comme un doux baiser. Le second est plus corporel, plus organique. J’ai grandi dans un environnement où le sexe est considéré comme quelque chose de tabou. A partir de la vingtaine, j’ai réalisé à côté de quoi j’étais passé et maintenant je me lâche, et ça se ressent dans ma musique. C’est vrai que certains passages de cet album sont très sexuels. Contrairement au premier album For him and the girls, j’ai voulu ici donner dès le début un côté animal à ma musique, comme une sorte de célébration violente du corps, de l’homme et de tous ses désirs. De la bête qui sommeille en moi. J’aime le côté : « voilà mes fougueux baisers de rouge à lèvres, voici de la chaleur et du sexe, voilà un loup affamé qui mange des pétales au miel de rose… ». Mais il y a des passages plus calmes et moins emportés aussi…

Depuis la sortie de ton premier album, certains journalistes te comparent à Jeff Buckley, David Bowie ou encore Rufus Wainright. Que penses-tu de ces comparaisons et quelle est la comparaison la plus flatteuse pour toi ?

Je ne connais pas bien David Bowie, je n’écoute pas trop sa musique. A vrai dire, au début j’ai été un peu vexé de ses comparaisons un peu expéditives. Ces références sont plus que respectables et ça ne me dérange pas plus que ça. Maintenant, je m’y suis habitué. Mais quand tu passes du temps à composer ta musique et qu’ensuite on te balance que ça ressemble à du Jeff Buckley ou du Rufus Wainright, tu te dis que tu n’as rien créé de nouveau…
Mais bon je m’y suis fait. Je pense que ces comparaisons sont appropriées, mais seulement pour certaines personnes qui connaissent certains passages de certains morceaux. Peut-être dix secondes sur celui-ci, une seconde sur celui-là. Ces comparaisons servent de repères à pas mal de personnes. Rien de bien étonnant, donc, mais il n’y a pas de quoi en faire tout un cirque.

Peux-tu nous parler de Sarah Slean, avec qui tu chantes sur Old bloody orange et Dirty and true ?

J’ai produit son dernier opus : Sarah Slean EP. Je trouve que son timbre de voix est assez intemporel. On n’avait pas prévu de travailler ensemble pour cet album. Ca s’est fait plutôt de manière improvisée. Je suis vraiment satisfait du résultat. Sarah Slean mérite tellement qu’on s’intéresse à son travail.

Quelques passages de ton album nous font penser au travail de Queen…

Ca, c’est plutôt une bonne référence pour moi. Vraiment. Je trouve que le travail d’écriture et de composition de Freddy Mercury est impressionnant. Je n’aime pas trop leurs hits mais je respecte ce groupe. Mais encore une fois je ne connais pas vraiment tous leurs albums. Je me souviens surtout de leurs titres très longs, ceux qui sont organisés autour de plusieurs variations étranges, de saccades et de choeurs bizarres. J’adore leur univers. Mais encore une fois, les comparaisons…

Mais il est indéniable que, tout comme chez Queen, il y a un côté cabaret très intéressant dans The Delicious wolves

J’apprécie la remarque même si je ne connais pas trop le cabaret. Tout ce que je sais, c’est que j’aime vraiment injecter des éléments perturbateurs dans mes chansons. Je trouve qu’on s’ennuie vraiment dans le rock d’aujourd’hui. Mon premier album contenait également un peu « d’égarements » et quelques grains de folie. Sur The Delicious wolves, c’est encore plus frappant. Autant que je me souvienne, j’ai toujours aimé les comédies musicales. Et peut-être que cela se ressent dans mon album. J’adore le mouvement en général.

On dit que tu vas t’installer à Paris ? Est-ce que cette ville t’inspire ?

Oui je vais vivre à Paris dès le mois prochain (novembre 2001). Il y a une passion dans cette ville qui m’inspire. Il y a des mélanges de souvenirs historiques et d’architecture très impressionnants, et en même temps une prolifération incroyable de nouveaux artistes, notamment dans le domaine de la musique électronique et la mode. Cette ville me plaît beaucoup. J’ai pas mal de choses en commun avec l’Europe, où beaucoup de chanteurs laissent une grande place à leur féminité dans leur travail. Au Canada, même dans les grandes villes, les gens ne semblent pas autant passionnés par l’art en général. En fait, l’album sortira en France à la même période, au moment où je commencerai à m’installer ici. Je pense que j’emménagerai dans un appart assez simple, et dans le même temps, des fantômes français commenceront à se poser des questions sur mon nouveau disque…

Propos recueillis par

Lire notre chronique de The Delicious wolves