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Martin Gretschmann est Console, un one-man band, auteur de deux excellents albums de pop électronique et mélodique. Entretien à l’occasion de la sortie en France de Rocket in the pocket, sorti sur Payola et enfin distribué par Labels.

Chronic’art : D’où viens-tu ?

Martin Gretschmann : Je viens de Weilheim, une ville de 20 000 habitants, en Bavière. Il n’y a pas grand chose à en dire, c’est une ville très ennuyeuse, très propre. C’est peut-être la raison pour laquelle il y a autant de gens qui y font de la musique… Il n’y a qu’un bar, pas de clubs… Sinon il faut aller à Munich, à une heure de train. Au début, la musique était surtout un hobby, mais maintenant les choses deviennent un peu plus « professionnelles ». On s’organise.

Quand as-tu commencé à travailler avec The Notwist puis à faire Console ?

Dans Notwist, je fais toute la partie électronique : claviers, samplers… En fait, Console existait avant Notwist, dans lequel je joue depuis 1996. Mon premier groupe s’appelait Toxic, un guitar band très pop, qui existe toujours, mais on n’a plus trop le temps de répéter. Après mon service, j’ai voulu faire plus de musique. Je me suis acheté du matériel et j’ai commencé à faire de la musique électronique en 1993. J’ai mis un an et demi avant d’avoir des titres potables…

Que penses-tu des différentes scènes techno coexistant actuellement en Allemagne ; de qui te sens-tu proche ?

De nombreux groupes, comme Mouse On Mars par exemple, ou les Merricks à Munich. J’ai enregistré avec eux. Il y a la scène de Cologne (A-musik, etc.), la scène « minimal techno » de Berlin (Basic Channel, Tikiman…), certains de ces artistes ont vraiment un « pop-trash appeal », comme Mini Chev’ ou Jeans Team de Berlin, Mina sur le label Bungalow. Eux, ils jouent des instrumentaux techno mais avec des instruments classiques ! Il y a aussi une bonne scène musicale à Hamburg, plutôt rock, avec des paroles très importantes…

Comme Laub ?

Oui, j’ai fait un remix pour eux l’année dernière.

Es-tu influencé par les groupes allemands plus anciens (« krautrock ») ?

Non, je ne pense pas être influencé par eux parce que je ne les écoute pas. Je n’ai pas leurs disques, je n’ai pas un seul disque de Kraftwerk. De nombreux groupes allemands qui font de la musique électronique s’inspirent de Kraftwerk, Can… Moi, pas tellement.

Plus jeune, quel était ton artiste ou groupe préféré ?

Un de mes artistes préférés depuis longtemps est Leonard Cohen, et aussi les Beastie Boys, que j’écoute depuis leur premier disque, et Sonic Youth.

A propos de Sonic Youth, essaies-tu de faire avec des claviers ce qu’ils font avec des guitares ?

Oui, exactement, c’est ce que j’essaie de faire. J’écoute énormément leur musique et pas mal de groupes à guitares, pas seulement de l’électronique.
Pourrait-il y avoir plus de chant dans Console ?

Oui, c’est un point que je voudrais creuser avec Console, mais je ne sais pas chanter, j’ai un logiciel qui fait chanter l’ordinateur. Mais quand ça deviendra ennuyeux, je chercherai un chanteur ! Je ne sais pas à quoi ressemblera le prochain disque, ça dépend vraiment de mon humeur au moment où j’enregistre. Par exemple, je venais de finir le disque de Notwist, très calme, donc j’ai fait Rocket in the pocket de Console plus rythmé.

Est-ce que tu joues à des jeux vidéo ?

Non, plus maintenant, seulement quand j’étais petit. Mon jeu préféré était Giana Sisters, un « Mario-like » sur Amiga. J’ai pas mal joué sur C64 aussi. C’est quand même toujours un peu une perte de temps, sauf quand je me mets à adorer un jeu, comme Micro-machines, par exemple, parce qu’on peut y jouer à quatre. Ah, je me souviens, un de mes jeux favoris était Bomberman, sur PC. On faisait même des concours annuels, avec les tee-shirts, etc. La version PC est bien meilleure, plus simple et efficace que la version Sega, qui a trop de « power-ups ».

De Pan or ama à 14 zero zero, les morceaux sont de plus en plus rythmés. Essaies-tu désormais d’écrire des pop songs « dansables » ?

Oui. J’adorais la techno il y a six ans mais je m’en suis vite lassé, c’était toujours la même chose. Mais aujourd’hui, des gens comme Daft Punk font des trucs fantastiques ! Ils font de la dance music de façon vraiment cool… Et je trouve que c’est mieux si les gens dansent chez eux ou aux concerts. Je n’aime pas les concerts trop sérieux, où l’on écoute, immobile.

Peux-tu parler du génial vidéo-clip de 14 zero zero ?

J’ai joué au Batofar l’année dernière et j’ai rencontré Daniel, un Allemand, qui m’a présenté Luis… Au cours de la conversation, on a parlé de vidéo-clip, tout s’est fait par hasard. D’ailleurs, un Allemand devait faire le clip, mais quand j’ai vu les premiers « screenshots » de Luis, j’ai dit : « ok ! C’est toi qui vas le faire ! » Je suis très content d’avoir rencontré tous ces gens à Paris, ce sont plus que des connaissances maintenant. Suite au concert de l’autre soir, même les autres membres du groupe ont été très bien accueillis…

Tu apparais très simplement sur la pochette de Rocket in the pocket. Peut-on décrire ta musique comme une « pop musique électronique anti-star pour gens normaux sensibles » (« Anti-star electronic pop music for sensitive everyday people ? ») ?

(rires) C’est une bonne phrase, une bonne explication, je la réutiliserais dans mes prochaines interviews. Pour la pochette, ça s’explique par le fait que si tu regardes bien, toutes les pochettes de disques de musique électronique se ressemblent. Donc, on a choisi une photo banale de moi. C’est une sorte d' »anti-statement », peut-être. Au départ, on voulait faire un collage de 800 petites photos, mais on s’est rendu compte que Christian Vogel avait déjà fait la même chose.

Pourquoi une référence si forte aux 80’s dans 14 zero zero ?

C’est presque une coïncidence… J’ai grandi dans les années 80, et j’ai commencé à utiliser des magnétos en 82… J’écoutais Nick Kershaw…

Que penses-tu de son morceau avec Les Rythmes Digitales ?

Au début, j’aimais bien mais je m’en suis vite lassé, pour moi c’est un peu trop 80’s. J’ai une relation affective avec les 80’s mais je ne veux pas copier cette période. J’espère que 14 zero zero n’est pas trop 80’s. J’ai vu Les Rythmes Digitales en concert, c’était trop parfait, trop froid. J’aime quand ça reste humain, naturel.

Propos recueillis par

Lire notre critique de Rocket in the pocket de Console (en archives)