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Erik Arnaud, pour la promotion de son deuxième album, nous reçoit dans un hôtel du Marais. Lucide sur son travail, tranquille dans l’exercice d’explication de texte, un jeune homme modeste mais convaincu.

Chronic’art : Il y a eu une polémique sur ton premier album à propos d’une chanson très critique sur la variété française. Et là, tu remets ça, sur Best of.

Erik Arnaud : Il y avait une chanson intitulée J’emmerde la chanson française. Maintenant, j’ai réglé mes comptes avec ça, et je ne donne plus de noms, comme je le chante dans Best of. Je devais le faire parce que c’est une histoire qui durait depuis trop longtemps. Petit déjà, j’en bouffais vraiment de la chanson française. Le problème, c’est que les gens pensent qu’il n’y a que ça en terme de musique aujourd’hui, parce qu’ils n’ont pas accès à autre chose. La musique qui passe à la radio masque tout le reste. Donc, on peut en vouloir aux gens qui font cette musique ou à ceux qui la programment en permanence. Parce que ce n’est pas seulement une question de curiosité. Aux gamins, on ne propose que ça.

En même temps, tu es passé d’Alienor, petit label indé de province, à Labels, qui est une branche de Virgin. Tu es sur une major, à côté d’artistes de « variété française »…

Oui, mais Virgin, je n’y mets jamais les pieds. Souchon, je ne le connais pas. Je mets Labels à part, même s’il y a une connexion financière. Mais, artistiquement, les choses sont bien séparées. Il n’y a pas beaucoup de maisons de disques importantes qui prennent des risques. Et sortir mon album, c’est prendre un petit risque. Calculé, sûrement, et compensé par d’autres sorties qui seront plus fructueuses financièrement parlant, sans doute, mais ils le sortent quand même. En tout cas, lorsque je parle avec les gens de Labels, je ne ressens aucune pression. J’ai plus de relations avec eux qu’avec les gens d’Alienor.

Ton disque n’est pas seulement introspectif ou autobiographique, il a aussi une dimension sociale ?

Oui, je voulais quelque chose de très ancré dans la société d’aujourd’hui, quotidienne. Des choses qu’on peut voir très facilement : regarder la télé, sortir promener son chien. Et en parler directement, sans passer par quatre chemins, et sans être politique. Je n’ai pas de message à faire passer, pas de morale à proposer.

Erik Arnaud serait un peu la somme de plusieurs vies, et Comment je vis le terme générique pour parler de la vie de tout le monde ?

Oui, il ne faut pas m’identifier à ces chansons. Chaque chanson représente un personnage différent. C’est un condensé de réalité et de fiction. Ca n’était pas non plus prémédité. Je n’avais pas la prétention de représenter une génération ou une universalité. Mais c’était sûrement l’objectif inconscient.
Cette génération, trentenaire, tu la définis par la perte des idéaux, et une espèce de schizophrénie entre ses désirs et la réalité ?

Le passage à l’age adulte, aux responsabilités… A l’intersection de l’adolescence et de la maturité.

Tu a fais une chanson sur Jean Claude Roman. C’est un personnage qui a une signification particulière pour toi ?

C’est juste une histoire affolante. J’avais vu un reportage sur lui, et ça m’a beaucoup choqué, et donné envie d’en faire une chanson. Etre musicien, artiste, renvoyait à ça pour moi : ne pas être ancré dans une réalité fixe, et être dans une sorte de supercherie permanente. J’ai l’impression d’être un peu Roman moi aussi. Mais je n’ai pas voulu faire une chanson explicite sur lui. Il y a des indices, mais je ne voulais pas que ce soit trop évident.

Sur Village, le personnage qui parle fait penser à « l’idiot du village », celui qui ne peut pas sortir de son univers, qui reste dans l’idios et ne rejoint jamais le koinos ?

Oui, encore qu’il souhaite vraiment quitter son village justement… Ca peut être le « village global », ou le village de la série Le Prisonnier… Mais j’ai vécu dans un village toute mon enfance. Je l’ai quitté vers 13 ans et je pense connaître assez bien ces habitants. Je viens du Nord, et même si j’habite en ce moment à Bordeaux, j’ai connu des idiots du village, des gens qui n’ont pas leur bac, ni leur permis, des gens qui y sont restés… J’ai de l’affection pour eux.

Tu as une vision globale de ton disque ?

Quelques thématiques : le rapport ville/campagne, la frontière entre deux mondes, entre deux vies différentes, qui pose les questions d’espace, de vie commune, qui me semblent importantes. J’espère que certaines chansons, certaines phrases, vont pouvoir toucher des auditeurs dans leur quotidien. Quand on achète un disque, c’est souvent pour s’évader de son quotidien. J’aimerais bien que les gens achètent celui-là pour ressentir un plaisir qui renvoie à la quotidienneté, à la réalité.

C’est aussi un disque accusateur, qui peut remettre les gens en question ?

Oui, mais je ne veux pas qu’on me perçoive comme un donneur de leçon, quelqu’un qui a un jugement moral sur la vie des gens.

C’est quoi pour toi l’authenticité ?

C’est écouter ce qu’il y a autour de soi, le laisser entrer en soi, et le faire ressortir dans un acte de création. Et trouver sa propre façon de l’exprimer. Je rapproche l’authenticité de l’honnêteté. Trouver les outils pour exprimer sans compromis ce qui est en soi.

Propos recueillis par

Lire notre chronique de Comment je vis