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Absence remarquée de géants de l’industrie du jeu vidéo, annonces sans grande surprises et ambiance morose, la version européenne de l’E3 qui s’est tenue le week-end dernier (du 2 au 4 septembre 2001) à Londres n’a pas réussi à cacher la crise qui continue de décimer développeurs et éditeurs. Points de vue et perspectives.

Banlieue londonienne. C’est dans un complexe ultra moderne, perdu au milieu de friches industrielles, que le grand salon européen du jeu vidéo a décidé de convier cette année le gratin de la profession. Et de faire un point sur une situation préoccupante qui a vu dans le même temps le marché progresser et l’essoufflement de grosses pointures comme Ubi Soft ou Sony, quand il ne s’agit pas de fiasco total (Kalisto). Une situation délicate principalement occasionnée par des investissements lourds, parfois mal gérés, et une récession globale de tout ce qui touche au multimédia et à l’informatique (en particulier la stagnation des ventes de PC et la trop lente progression du nombre de personnes connectées au réseau).

Add-on, sequels et migration

Pas la peine d’attendre le jeu révolutionnaire de la prochaine décade, les protagonistes préférant miser sur la sécurité et la prudence en s’inspirant de softs qui ont déjà fait leur preuve. C’est donc sans grande surprise que l’on retrouve Anno 1503, chez Sun Software, un add-on pour Kingdom under fire aux cinématiques époustouflantes, et Virtua tennis 2, la suite du hit sur Dreamcast. Même constat du côté des gods gamers, Peter Molyneux a annoncé la mise en chantier du deuxième opus de Black & white, présentant quelques-unes des nouvelles fonctionnalités du jeu : des paysans moins stupides, une intelligence artificielle revue à la hausse et autres surprises du même crû (sortie prévue : fin 2003). Chez Ubi Soft, on décline une fois de plus les valeurs sûres qui ont fait le succès du géant français. Rayman en tête, dont les versions PDA et téléphone portable seront bientôt disponibles. FunCom, une équipe de joyeux drilles a effectivement réussi l’exploit de condenser le code du jeu tout en conservant une qualité proche de la version GBA. Sony joue comme d’habitude à part. Absent sur le salon, le géant nippon s’est illustré par une fête gigantesque (trampolines, Dj, open bar et, bien sûr, consoles) dans la banlieue Sud de Londres. Présentation de… Metal gear solid 2 !

Massivement multijoueur

Autre tendance du salon, le MORPG (comprendre « Massive online role playing game », ou jeu de rôle massivement multijoueurs) tente d’attirer le maximum de gamers possibles vers les serveurs de la Toile en espérant en retirer quelques subsides. Outre la sortie d’un add-on d’Everquest qui marquera le lancement de serveurs européens, le futur hit Anarchy online de Funcom rassemblait déjà une communauté de fans. Façon Quatrième prophétie (disponible chez Goa), chaque joueur incarnera un personnage qui pourra ou non participer à certaines quêtes avec son équipe ou d’autres amis rencontrés dans le jeu, afin de découvrir avant l’équipe adverse le fin mot de l’histoire.
Si Phantasy star online ou Everquest avait en leur temps esquissé les possibilités de ce nouveau genre, Anarchy online, d’une qualité de réalisation irréprochable, promet d’être un titre passionnant. Affaire à suivre.

Corean Touch

Comme à l’E3, le stand coréen présentait les dernières productions du crû, cherchant tant bien que mal à convaincre de potentiels distributeurs. Point communs des différentes créations : une certaine propension à s’inspirer du monde manga sous toutes ses formes. On trouvera ainsi un clone réussi de la série de Final fantasy, des resucées plus ou moins brillantes de Starcraft (véritable sport professionnel avec ses ligues, ses émissions de TV en prime-time et ses champions…), un Resident evil-like mâtiné de contes chinois et de monstres gluants et volants, sans oublier les éternels jeux de bastons et leur galerie de personnages stéréotypés (le moine, le samouraï ronin, la fillette magicienne…). Tous ces jeux sont dans la plupart des cas prévus pour être dégustés exclusivement online. Un marché dont l’explosion est imminente, mais dont le modèle économique semble difficilement adapté au territoire européen : habitué au tout gratuit, comment ne pas être réticent au fait de devoir cumuler les abonnements ?

Consoles

La sortie de la Game Cube retardée pour éviter l’effet PS2, la commercialisation de la X-Box décalée, il était tout de même possible de tester quelques-uns des nouveaux titres en préparation et de se faire une idée assez précise de ce que nous réservent les principales concurrentes de la machine de Sony. De la puissance, de la fluidité et des polygones qui ne scintillent plus, bref, un plaisir de jouer accrû et une qualité de rendu exceptionnelle, à condition toutefois que les éditeurs et développeurs suivent et se décident enfin pour une politique innovante.

Accessoires & Co

A défaut de marquer l’avènement de nouveaux jeux jubilatoires, l’ECTS a plutôt donné la part belle aux fabricants d’accessoires de tout poil. L’occasion de transformer le hardcore gamer basique (un écran, une manette ou un combo clavier-souris) en un mutant dernière génération, sur lequel on greffe directement les outils adéquats. De la table pliante de chez Game Chopper -qui en quelques instants reçoit volant retour de force et pédaliers- au procédé permettant de morpher son propre visage dans les jeux de shoot, les processus d’immersion et d’identification se multiplient. Une tendance qui vaut également pour les jeux de baston puisqu’il suffit dorénavant d’envoyer quelques coups mollassons devant son écran pour mettre KO son adversaire. Vu au salon. eXistenZ is not just a game…