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Après la fièvre de Los Angeles, retour sur le plus grand salon de jeux vidéo de l’année. Sega surprend, Nintendo confirme, Sony patiente, et le PC innove. L’hiver 2000 sera chaud.

L’Electronic entertainment expo nous réservait cette année un certain nombre de surprises. Les jeux les plus attendus étant sortis (Zelda 64, Metal gear, Half-life), l’excitation se portait plutôt sur l’introduction occidentale de nouveau hardware, comme la Dreamcast de Sega, et la fantomatique Playstation 2 de Sony. Parallèlement, le PC nous proposait la deuxième manche du match des cartes 3D, entre les cartes à base de chipset TNT2 et celle à base Voodoo3.

De retour à Los Angeles, après un intervalle pluvieux de deux années à Atlanta, l’E3 a retrouvé le soleil, et les développeurs, qui sont pour la plupart basés en Californie, le sourire. L’immense salon (on parle de 40 stades de foot US) est réparti sur deux énormes halls principaux, le West, et le South. Le South hall est trusté par les trois stands géants de Sony, Sega et Nintendo, tandis que le West hall abrite les grands éditeurs comme EA, Microsoft, Activision, Havas (ex. Sierra, pour faire court), Infogrames, GT, Acclaim, Konami, Eidos, etc. Un troisième hall, le Kentia hall, abrite les « petits », mais recèle néanmoins quelques perles, comme la jeune société lilloise, Oeil pour oeil, et son Baldur’s gate killer, DeathDealer, ou l’illustre Black & white de chez Lionhead. Pour relier les halls, des coursives abritent cafétérias, salles de presse, et private lounge (là où les éditeurs peuvent discuter plus tranquillement). Parcourir ces coursives, c’est également s’exposer à de nouveaux stands ou happenings, comme ces danseuses du ventre qui aguichent le chaland pour qu’il regarde quelques secondes la nouvelle mouture de Prince of Persia 3D. Vous pouvez également participer à une bataille de robots radiocommandés organisée par Lego, où passer quelques minutes sur un magnifique stand Star Trek. Mais l’E3 se poursuit en dehors du salon. Gathering of Developpers (GOD), l’éditeur anti-éditeurs, a en effet élu domicile dans le parking en face du Convention Center pour y présenter ses jeux, à moindre frais, et en cohérence avec son esprit frondeur. L’avenir nous dira si les visiteurs sont allés jusque-là…

Ce petit univers vidéo-ludique est peuplé de créatures célestes (soupir), qui vous regardent droit dans les yeux en vous défiant de faire de même, et d’attachés de presse attentives, qui vous regardent droit dans le badge. Ici, vous êtes soit exposant, soit visiteur, soit journaliste. La couleur de votre badge renseigne sur votre catégorie. Nous recommandons le pass Exposant qui vous permet de rentrer dans l’enceinte du Convention Center la veille du salon. Plutôt sympa pour prendre la température du salon et voir les millions de cartons estampillés Nintendo, EA, etc.

Nintendo contre-attaque – Accord de plusieurs milliards de $$$

L’E3 s’étale sur trois jours, du mercredi au samedi, mais dès le mardi soir, Nintendo avait lancé la guerre stratégique, en multipliant les annonces. Impossible pour Nintendo de rester silencieux et inactif après la couverture média obtenue par Sony et l’annonce en mars au Japon de sa Playsation 2, et son Emotion Engine, en collaboration avec Toshiba. Nintendo balance et se jette dans la bataille de Noël 2000 en annonçant le successeur de la N64, répondant au doux nom de code de Dolphin. Même si Nintendo est riche comme Crésus, la bataille contre Sony et Toshiba est un peu disproportionnée. Le constructeur de la N64 s’est donc allié avec l’ennemi juré de Sony, l’ogre Matsushita (Panasonic en occident), et IBM, pour construire sa petite bombe. Nintendo s’occupe de la conception des jeux et de la supervision de la console, Matsushita développe le lecteur DVD (oui oui DVD, Nintendo abandonne la cartouche !) et la partie réseau de la console, et Big blue fabrique le processeur, un Power PC de 0.18 micron d’après sa nouvelle technologie à base de cuivre. Depuis, Nec semble s’être associé au trio de choc pour fabriquer la puce graphique de la console, conçue par ArtX, des dissidents de Silicon Graphics. Nintendo, fort de son exclu avec Lucas pour le jeu Episode one – Racer et sa N64 spéciale Star Wars disponible le jour de la sortie du film (sortie 3 jours après la fin du salon.. Nous ne l’avons hélas pas vu.), annonce une autre licence exclusive : Mickey. LE papa de Mario a en effet obtenu de Disney la licence de la souris la plus connue de la Terre, et développera le premier Mickey en 3D, sur Dolphin probablement. Ajoutez les 70 000 000 de GameBoy vendues dans le monde (94 000 par semaine en ce moment), la sortie du hit annoncé Donkey kong 64, et vous comprendrez qu’au sortir de la conférence de presse, l’ambiance était confiante : on les sentait bien prêts au combat.
Surprise pendant la conférence : absence de Perfect dark, pourtant présent sur le salon. Explication : les incidents dramatiques de Littleton ont attiré des journalistes nauséabonds à l’E3, excités à l’idée de faire la peau du jeu vidéo. Nintendo a donc préféré ne pas présenter le formidable jeu d’action de Rare…

Sega renaît d’entre les morts – « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras »

« Nous sommes ni un fabricant de jouets pour enfants, ni un fabricant de magnétoscope et de Walkman », commence Bernie Stolar. « Nous ne faisons pas d’effet d’annonce. Nous sommes Sega, nous ne savons faire que du jeu, et la Dreamcast est là ». Alors qu’un logo Sony explose à l’écran, Sega nous passe une vidéo des principaux jeux Dreamcast. En quelques secondes, on se rend compte que la PlayStation et la N64 ont pris un sacré coup de vieux. Autant le dire tout net, la Dreamcast fracasse. Le rendu 3D est fluide, et ultra détaillé. La console manipule les polygones avec une facilité déconcertante, phénomène hautement amplifié par l’avalanche de jeux d’action et de sport prévus pour la console. Ni flou ni pixels, ainsi pourrait-on caractériser la Dreamcast par rapport à ses concurrentes. De plus, sachez qu’elle débarquera aux US et en Europe avec un modem 56K intégré (contre un 33.6 au Japon) et l’abonnement gratuit à Internet en Europe (avec Cegetel en France). En clair, Sega a la patate et tente d’oublier ses débuts hésitants pour sa console-de-la-dernière chance au Japon.

Sony patiente – Putain, deux ans !

Depuis la fin 98, Sony sait que les jours de la PlayStation sont comptés, la N64 remonte en force aux US, et le Noël 99 s’annonce particulièrement croustillant (Perfect dark, Donkey kong 64). Sega arrive avec sa console 128 bits, ici et maintenant. La seule action possible, après l’annonce tonitruante de mars : montrer la Playstation 2, pour masquer une gamme vieillissante (malgré Gran turismo 2 et Final fantasy 8), faite de suites et de plagiats éhontés (Crash team racing, et Speed freaks). Même Wipeout 3 n’a pas vraiment rassemblé les foules. Certes la présentation de la PlayStation 2 est intéressante. Quoique. Voir des démos techniques, et un Gran turismo 2 qui tourne en haute résolution sur une machine qui pourrait aussi bien être un multiprocesseur à 500 000 balles (on n’en saura jamais rien), n’a finalement pas convaincu les sceptiques, qui pensent que Sony n’arrivera jamais à manufacturer en temps et en heure, et à bas prix, le coeur de sa future bête de course. Alors, que reste-t-il à Sony ? Le crédit d’avoir rendu un peu plus accessible au grand public l’industrie du jeu vidéo, et d’espérer être le premier constructeur de console à conserver le lead sur deux générations successives de matériel.

Microsoft se console – Metal gear sur PC !

Autre annonce stratégique de taille, l’alliance entre Microsoft et l’éditeur japonais Konami. Microsoft distribuera les jeux Konami aux US, et Konami les jeux MS au Japon. Par ailleurs, chacun pourra se charger de l’adaptation des jeux de l’autre sur son support de prédilection. International superstar soccer sur PC, Metal gear sur PC, Midtown madness sur console, etc.

L’assaut de la grenouille – Hollywood nous voilà !

Enfin, notons que les français font une entrée remarquée cette année. Titus rachète Interplay, Infogrames rachète Accolade et Gremlin, alors qu’Havas s’était offert le numéro un du soft de loisirs sur PC, Cendant Software. Enfin, tout l’E3 a défilé sur le stand d’Oeil pour Oeil pour voir DeathDealer. A l’année prochaine pour l’E3 2000 !


Les jeux qui ont marqué Chronic’art

Les plus innovants :
Black & white de Lionhead sur PC
The Sims de Maxis sur PC

Les plus beaux :
Quake 3 de IdSoftware sur PC
Need for speed : High stakes de Electronic Arts sur PC
Dead or alive 2 de Tecmo (sur borne d’arcade Naomi de Sega)
NBA et NFL de Sega sur DreamCast
Shenmue de Sega sur DreamCast
Perfect dark de Rare sur N64

Les plus funs :
Quake 3 de IdSoftware sur PC
Midtown madness de Angel Studio pour Microsoft sur PC
Ready to rumble de Midway sur DreamCast
Power stone de Capcom sur DreamCast
Perfect dark de Rare sur N64
Dance dance revolution de Konami en arcade et sur PlayStation jap

Les plus prometteurs :
Vampire chez Activision sur PC
GTA2 de DMA chez Take 2 sur PC

Les hits annoncés :
Quake 3 de IdSoftware sur PC
Diablo 2 de blizzard pour Havas Interactive sur PC/Mac
Half-life team fortress 2 de Valve pour Havas Interactive sur PC
Donkey kong 64 de Rare sur N64
Perfect dark de rare sur N64
Gran turismo 2 de Polyphony Digital sur PlayStation
V-Rally 2 d’Infogrames sur PlayStation

Prix de la pub la mieux placée :
Heat.net : logo et adresse Web sur le fond des urinoirs (on appelle cela de l’audience captive).

Le coup de coeur de l’E3 99 :
Ready to rumble
de Midway sur Dreamcast
Il y a des jeux plus riches, plus profonds, plus PC. Mais le plus fun du salon, c’était celui-là. Les files ne désemplissaient pas pour essayer ce jeu de boxe parodique, particulièrement beau et qui affiche un style et un humour qui font plaisir à voir. Les perso sont magnifiques et les collisions sont excellemment gérées. Après NBA Jam, et NFL Blitz, Midway poursuit son exploration d’un nouveau genre : le jeu de sport d’arcade. Et le genre à encore de l’avenir ! Une vingtaine de boxeurs vous sont proposés, il y a aussi un mode training dans lequel vous pouvez améliorer les caractéristiques de votre perso. Vous pouvez jouer en ligne, grâce au modem. Enfin, le VMS, cette carte mémoire mini Gameboy qui s’insère dans le pad de la Dreamcast, affiche et conserve vos stats (coups donnés, coups portés, coups encaissés, etc.).


Les cinq points à retenir de l’E3 99

  1. DreamCast ;: la nouvelle console de Sega est là et bien là. 40 jeux présentés et prêts pour la sortie. Les extraordinaires NFL et NBA, les ultras funs Ready to rumble (Midway) et Power stone (Capcom), et l’ambitieux Shenmue démontrent le potentiel de la machine. Sega a un an pour s’implanter. On lui conseille de trouver un bon jeu de foot pour la sortie européenne. Partenaires de Sega : MTV, Pepsi, et le Arsenal football club, entre autres.
  2. Gameboy everywhere : la console portable couleur de Nintendo était absolument partout, sur tous les stands. Pourquoi ? Les ventes de la console ont progressé de 250%, seulement 6 mois de développements pour un jeu au lieu de 18-36 mois, et un budget en conséquence.
  3. La PlayStation vieillit mais ne se rend pas : La possibilité de lire des jeux PlayStation 1 sur la PlayStation 2, et la baisse de prix probable du système garantit une (dernière) belle rentrée pour la console de Sony. Et puis il y aura Mamie Lara à Noël.
  4. Le P3 à 500 Mhz avec une TNT2, c’est bien sympa : sans aucun doute, ça jette. Les joueurs attroupés sur Quake 3 Arena vous le diront. Intel était très discret cette année, loin de ses danseurs Saturday night fever de l’année dernière, et RIVA – TNT2 nous a semblé largement prédominant comme carte 3D.
  5. La Dolphin de Nintendo-Matsushita-IBM : Noël 2000 (ou 2001), la Dolphin affrontera dans un corps à corps titanesque la PlayStation 2 de Sony-Toshiba, et les P4 à 2 Ghz. Et Tetris sera toujours le jeu le plus populaire…