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De Londres à New York, de Los Angeles à Rio, en passant par Paris, Dominique Dalcan s’est confronté à différentes cultures musicales, s’appropriant, entre autres, les sonorités brésiliennes pour l’écriture d’un troisième album, Ostinato, au climat tout en clair-obscur.


Chronic’art : Pourquoi partir ?

Dominique Dalcan : L’éloignement géographique ne résout rien à nos problèmes quotidiens, c’est un fait. Mais l’album, je l’espère, donnera aux gens le sentiment d’un voyage musical, passant d’un sentiment, d’un univers à un autre. Il possède cependant une couleur, une unité générale. Comme une grande histoire qui en contiendrait de plus petites. Il y a des thèmes qui relient chacune des chansons.

Il y eu des rencontres importantes au cours de ces voyages ?

Les musiciens que j’ai rencontrés par l’intermédiaire de Red Hot, l’organisation contre le Sida. Arto Lindsay, d’autres qui avaient joué avec Jobim, notamment son batteur. Ça fait vingt ans qu’il habite New York et il ne parle quasiment pas anglais. Il ne se souvient même plus sur quels disques il a joué.

Y a-t-il un dénominateur commun à l’album ?

Le jazz de la fin des années 50 (américain), qui employait une profusion d’accords ouverts. J’avais envie d’essayer ça. Il y a aussi des réminiscences de Morricone, Gil Evans, Michel Legrand, surtout sur l’utilisation des chœurs féminins, qui jouent en harmonie. Une chanson comme Boomerang a une narration comme on les pratiquait dans les années 50, sans couplet/refrain. Avant, j’étais très admiratif de John Barry, Lalo Schifrin. Ostinato est plus aventureux. Il y a une progression sensible. L’idée étant de prendre l’auditeur par la main pour le mener d’un point A à un point B, avec un fil d’Ariane tout du long.

Par l’intermédiaire de climats sensuels ?

Je n’avais pas la force d’exploiter, sur mes précédents albums, le rythme et l’harmonie, pour les mettre au service de mes textes. Faire pleurer les gens en les faisant taper des pieds, comme la musique brésilienne le fait si bien. Une musique allègre sur fond de gravité. Là, chaque traitement sonore est au service du texte. C’est une manière d’illustrer les choses sans qu’elles soient redondantes.

Le poids de l’héritage culturel n’a-t-il pas été trop pesant ?

Il s’agit d’une évocation. Il y a un héritage culturel à assumer, c’est vrai. C’est complètement irrévérencieux de ma part, même si toutes ces influences sont digérées depuis longtemps. Elles font partie de mon univers. Mais cela reste un discours européen. Le départ du disque est urbain avant de se diriger vers d’autres horizons, qui pourront convoquer autant d’images voire de souvenirs que les gens voudront bien y mettre.

Comment te situer par rapport à la scène française ?

Paris n’est plus représentatif. En région, grâce à la scène électronique surtout, il se passe de belles choses. Il y une vraie mutation des clubs, avec des programmations hallucinantes, très éclectiques. Aujourd’hui, les normes musicales changent très vites. La norme d’aujourd’hui, c’est Daft Punk. Il y a quatre ans c’était Nirvana. Le public est versatile. Heureusement. Au milieu de tout ça, il faut simplement être juste par rapport à soi. Si l’on est porteur d’un univers, aussi petit soit-il, c’est déjà pas mal.

Tu as gardé un bon souvenir du punk ?

J’ai commencé par là. L’enseignement était : tout est à portée de main. Allons-y.
Aujourd’hui, les gens sont dans la crainte. Il n’y a même plus d’amusement. Chacun sait qu’il y a un prix à payer pour associer ses passions avec son activité principale. Ils ne sont pas prêts à payer ce prix. C’est toute la différence entre hier et maintenant.

Propos recueillis par

Nouvel album : Ostinato (Island)