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Deux ans après Salaryman, premier album éponyme qui les avait faits grandement remarquer par la critique, les quatre ex-Poster Children de Salaryman reviennent avec Karoshi, disque qui marie étonnamment bien le froid -des machines- et le chaud -des humains qui les manient. Explications en terres françaises.


Chronic’art : Pourquoi vous cachez-vous derrière des initiales ?

Rose Marshack : Parce que nos vrais noms sont d’un commun…

Jim Valentin : Tous les membres du groupe ont quelque chose de spécial, une spécificité musicale. Rassemblés, ils forment ce groupe. Nous écrivons ensemble. Donc, nous nous effaçons derrière cette entité. Nos ego importent peu. Nous sommes au service du groupe. C’est tout.

Vous faites remarquer que vous n’utilisez pas de séquenceurs dans votre musique. Est-ce un manifeste ?

Jim Valentin : Non, ce n’est pas un manifeste.

Rose Marshack : C’est un peu plus que ça, on l’espère (rires).

Jim Valentin : On peut jouer de manière assez facile. Pas besoin d’un trop grand attirail pour se faire plaisir.

Rose Marshack : On ne voudrait pas arriver à une situation où le groupe court derrière les machines.

Jim Valentin : En fait, il n’y pas de grande différence entre le studio et la scène, parce que nous jouons déjà comme cela en studio. Parfois, nous utilisons des mixes un peu différents. Le reste dépend de l’énergie déployée sur scène.

Rose Marshack : Les voix sont sensiblement différentes. On chante souvent mieux en studio, allez savoir pourquoi (rires).

Vous portez bien ces vêtements. Mais qui y a-t-il derrière l’uniforme ?

Howie Kantoff : C’est l’uniforme traditionnel de Salaryman. Quelle que soit l’époque. Et derrière, il y a nous.

Votre musique, qui est essentiellement électronique, sonne encore très organique. Est-ce pour vous rappeler que, même si vous utilisez des claviers et des ordinateurs, vous êtes encore un groupe de rock ?

Rose Marshack : Parce que nous faisons toujours la même chose depuis nos débuts (rires).

Jim Valentin : Les machines, surtout pour les concerts, constituent une aide incontestable. Car les structures assez strictes de nos chansons ne nous permettent pas vraiment de nous échapper.

Rose Marshack : Oui, nous sommes définitivement un groupe de rock. Plus organique qu’électronique. Nous aimons ces sons chauds.

Recherchez-vous un certain danger ?

Jim Valentin : Jouer de nouvelles chansons en live est toujours une expérience un peu folle. Nous ne savons pas ce que cela implique au départ, comment tout cela va s’agencer. Il faut intéresser les gens, essayer d’innover, mais surtout se faire plaisir.

Rose Marshack : Le danger est dans nos têtes plus que sur scène, par exemple. Et ce n’est peut-être pas visible, mais on essaie de transmettre une certaine violence : celle que l’on voit ou perçoit chez nous, autour de nous.

Est-ce que vous vous sentez proches d’autres artistes ?

Rose Marshack : Non, pas vraiment.

Jim Valentin : On a bien des amis, mais dans d’autres groupes faisant de la musique sensiblement différente, jouant dans les bars. On écoute de tout mais il n’y a pas de scène à proprement parler là où nous sommes. Ce qui fait qu’on est plutôt tournés vers des musiques traditionnelles. Ce sont plus des influences : les musiques de films par exemple sont des influences directes, comme les dialogues de cinéma. Ou alors la radio, notamment ces émissions où les gens parlent de conspiration permanente (rires).

Etes-vous d’accord sur le fait que votre musique et votre attitude ont plus de rapports avec l’Europe qu’avec n’importe quel autre continent, y compris l’Amérique ?

Jim Valentin : Beaucoup de gens en Amérique jouent comme nous le faisons, sur des scènes isolées. La télévision, radio, en fait personne ne promeut cette musique. Nous sommes des outsiders. Je ne peux pas penser qu’il s’agit d’un style européen, spécifique. Nous vivons dans société complexe, mixte, où les émigrants sont maintenant des américains. Et le pays reflète toutes les tendances.

Howie Kantoff : La musique est en nous. On pourrait l’enregistrer n’importe où : à Berlin, à Londres. Ce n’est pas une question de territoire.

Donnez-moi trois choses, personnes ou idées, qui sont parfaites. Et pourquoi ?

Rose Marshack : Le nombre parfait, c’est Dieu, non ? Ou alors l’idée de la compassion, ça c’est peut-être à notre portée, nous humains.

Jim Valentin : Elle dit ça parce qu’elle est bouddhiste (rires) !

Propos recueillis par

Lire la critique de Karoshi

Allez jeter un œil sur le nouveau site officiel de Salaryman