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Tombés dans la marmite surf avant que Pulp fiction ne remette (brièvement) Dick Dale à la mode, les aliens de Man Or Astro-Man ? submergent la planète de leurs productions, avec 9 albums, deux EP 25 cm, environ 25 singles et autant de participations à des compilations au compteur. Suite à un galop d’essai qui les a vus passer en juin au Gibus (Paris), à Bordeaux, à Lyon et à Evreux, ils promettent de revenir promener leur show aussi énergique que visuel (scaphandres, ordinateur géant et vintage en décor, projections de vieux films spatiaux…) dans nos contrées en novembre.


Chronic’art : Comment-êtes vous arrivés sur Terre ?

Birdstuff (batterie) : Man Or Astro-Man ? est le seul groupe à venir de l’espace, plus précisément du secteur 23/B6-1. Nous pouvons confirmer que Sun Ra venait vraiment de Saturne, car nous y sommes passés en chemin. Nous nous sommes crashés en Alabama, en 1993. Notre but originel était de retrouver les pièces de notre vaisseau. Au bout de deux ans sur Terre sans avoir retrouvé le moindre élément de notre engin, nous avons décidé de nous intégrer sur cette planète, d’apporter la technologie de l’avenir dans votre présent. Quand nous avons débuté, on parlait de slacker-rock. Eh bien, on est des slackers de l’espace.

Vous n’avez sorti qu’un seul single l’année dernière, il y a eu des changements dans la formation du groupe… Qu’avez-vous fait au juste ?

Beaucoup de recherches scientifiques. Durant ce processus, Starcrunch, notre ancien guitariste, s’est retrouvé déphasé. Si Coco the electronic monkey wizard (basse, samples, Theremin, ordinateur) était là, il vous raconterait une histoire longue et tortueuse sur le modificateur de phase Audioplex que Blazar the proble handler (guitare rythmique) a inventé. Il y a de nombreux Man Or Astro-Man ? dans différents continuums spatiaux qui entourent le groupe. Ceux que vous voyez dans le présent sont en phase, mais il y a aussi d’autre Astro-Men déphasés. Il arrive que nous soyons trente, mais c’est rare, habituellement nous sommes quatre. Bref, quand Blazar s’est retrouvé en phase avec Trace reading (guitare solo, chant) qui était près de la machine, il a déphasé Starcrunch. En général, je suis assis derrière la batterie et je ne vois devant moi que des types en combinaison qui sautent, je ne fais pas trop attention de qui il s’agit (rires).

EEVIAC, votre nouvel album, a été enregistré au Brésil. Cela vous a influencés ?

Ce qui nous a touchés, c’est l’enthousiasme des Brésiliens pour la musique. Un soir, en concert, le public chantait Man Or Astro-Man ? sur le rythme et la mélodie de We’re not gonna take it de Twisted Sister, je n’ai toujours pas compris pourquoi. Ce genre de phénomène n’arrive qu’au Brésil. Il est rafraîchissant de constater que la musique n’y est pas qu’un gentil petit hobby, il y a un vrai échange entre les musiciens et le public. Ici ou aux Etats-Unis, l’attitude, c’est plutôt : « prouvez-nous que vous êtes aussi bons que Big black, Minor threat ou les Dead kennedys. »

Ces dernières années, vous semblez davantage inspirés par la science et l’informatique que par l’espace. C’est la conséquence de votre désir d’intégration ?

Oui. Nous sommes branchés sur les supercomputers créés entre 1947 et 1951, toutes ces monstruosités qui avaient 20 000 lampes, 300 kilomètres de bandes magnétique, les ENIAC, EDVAC et MULTIVAC. Nous avons construit notre propre supercomputer, l’EEVIAC, autrement dit l’Embedded Electronic Variably Integrated Astro Computer. Les gens ont développé une telle obsession de l’efficace et du miniature qu’ils ne se rendent plus compte de la beauté d’un ordinateur gros comme 32 frigos.

EEVIAC est un album très varié, avec tout un tas de styles, de combinaisons instrumentales.

Quand nous nous sommes écrasés ici, nous étions décalés de 30 ans, donc les sons que nous recevions étaient ceux des Ventures, Link Wray, Dick Dale, Duane Eddy, Eddie Cochran. Maintenant, nous essayons de recréer les vrais sons de l’espace. Ça peut sembler parfois psychédélique ou krautrock, ou très électronique à la Kraftwerk, ou sonner surf futuriste.

Certains groupes comme Tortoise ont été étiquetés post-rock. Peut-on dire que vous faites du post-surf ?

Dans un sens, oui. Quand tu débutes en prenant un style musical comme fondation, ta tendance naturelle est de le pousser dans ses derniers retranchements, de jouer plus vite, plus fort, plus intense, plus heavy. Mais nous n’avons jamais été un très bon groupe de surf, en vérité. Nous sommes si dysfonctionnels et attardés que la seule chose qu’on sache bien faire, c’est la musique de Man Or Astro-Man ?. Nous sommes incapables d’imiter précisément les Surfaris ou Dick Dale.

Qu’écoutez-vous comme musique terrienne ?

Blazar écoute de la dance et du hip-hop. Il lui arrive de faire le DJ, ça l’influence. Trace Reading est resté très accro à ce qui se faisait dans les sixties, au songwriting classique et aux guitares. Coco écoute des choses qui ne ressemblent pas vraiment à de la musique, des types qui appuient sur les touches de leur calculette, comme EBN ou Negativland. Pour ma part, j’écoute beaucoup de punk, d’indie-rock, des groupes qui sont également sur Touch & Go (Shellac, Blonde Redhead, Jesus Lizard…), notre label, que je considère comme un des meilleurs du moment, et idéal pour nous.

Pourquoi avez-vous déménagé votre studio à Atlanta ? Les gens regardaient trop les X Files, et essayaient de découvrir trop de choses sur vous ?

En fait, c’est pour garder l’anonymat que nous avons maintenu longtemps notre studio-laboratoire dans le trou du cul de l’Alabama. Il fallait suivre un chemin de terre sur des kilomètres pour y arriver. L’humain qui a assemblé ce qui allait devenir l’Astro-studio est un vrai reclus et un dingue complet. Il collectionne les micros, les pré-amplis, les magnétos et les consoles, et il a réalisé la rencontre entre la technologie de l’espace et celle de l’Alabama rural. Mais maintenant, il est temps de partager notre son et notre technologie avec le monde.

Bien que votre studio n’ait pas été conçu pour des humains, Steve Albini est venu vous y produire. Cela signifie-t-il qu’il n’est pas humain ?

Pas complètement. Il a une tige en acier dans la jambe, il peut plier son genou à l’envers. Durant une des rares tempêtes de neige qui se soient abattues sur Atlanta, nous avons dû partager le même lit, avec en plus Starcrunch et des barquettes de boulettes de viande auto-chauffantes, afin de ne pas mourir de froid. Nous avons appris à bien nous connaître ! Honnêtement, il a été étonnant. Cela faisait longtemps qu’il nous soutenait, et il a utilisé son billet d’avion gratuit « Frequent Flyer » pour descendre en Alabama, afin qu’on n’ait pas à le payer. C’était bizarre pour nous car on était des fans de Big black depuis si longtemps. A un moment, il restait quatre chansons à mixer, et il était hypnotisé par un documentaire sur la vie en prison qui passait sur HBO. Je me suis dit, « merde, il va falloir que je botte les fesses de Steve Albini pour qu’il finisse notre disque, sinon il ne va jamais décoller de la télé. »

Considérez-vous Coco simplement comme une machine, un androïde, ou est-ce que vous le respectez en tant qu’égal ?

D’un côté, nous le tenons pour responsable de tous nos ennuis, avec tous ses dérapages scientifiques. Si vous vous prenez un coup de jus, que vous êtes blessé ou brûlé, c’est probablement de la faute de Coco, c’est lui qui provoque les explosions au labo. Mais, en même temps, comme il a toutes ces connaissances, il faut bien le supporter.

Vous pouvez le débrancher ?

Théoriquement, oui, mais je le soupçonne de s’être re-câblé pour nous en empêcher.

Vous faites tout, du design de vos pochettes à la création de software. C’est par besoin de tout contrôler, ou vous êtes plus intelligents que les humains ?

C’est peut-être le signe que nous n’avons pas d’amis prêts à nous donner un coup de main (rires). Non, c’est juste que nous aimons nous essayer à tout.

Blazar : On peut tout foirer nous-mêmes.

Birdstuff : Nous essayons d’être aussi autonomes que possible, pour nous passer des Terriens.

Avez-vous besoin de sommeil ?

Nous observons un processus de régénération cryogénique pour pouvoir conserver cette forme. Vous savez que normalement, dans le Secteur 23/B6-1, nous avons une forme gazeuse. Et vous devriez nous voir sous forme liquide, c’est assez dégueu. Quand le tour manager déconne et qu’il nous reforme mal, il peut manquer un bras, ça fait Def Leppard et franchement, ça craint.

Vos projets de clonage ont-ils été couronnés de succès ?

Deux groupes ont été achevés, les Gamma et les Alpha. Mais les Beta ont avorté. Trace reading a écrasé par mégarde un des clones Beta, c’était très triste.

Qu’est-il advenu des clones Alpha et Gamma ?

Comme leur gestation est très courte, leur durée de vie l’est aussi. Sinon, ils commencent à se faire des idées, à vouloir se retrouver en couverture de Rolling Stone. L’un d’eux a acheté un disque de Weezer, ils commençaient à écrire de la pop. Or, nous sommes toujours l’espèce maîtresse.

Où trouve-t-on la description la plus réaliste de la vie extra-terrestre ?

Dans le cinéma de science-fiction des années 50. « I married a monster from outer space », « It conquered the world » ou « The space children » dépeignent l’espace tel qu’il est. « 2001 » est à côté de la plaque. Dans le cosmos, il y a des explosions, des anomalies physiques, des monstres qui ressemblent à des légumes en caoutchouc…

Avez-vous vu Futurama ?

Oui, j’aime beaucoup. Ce n’est pas parce que c’est également une création de Matt Groening qu’il faut comparer avec les Simpson. Futurama est un dessin animé futuriste, qui a sa personnalité. Je trouve brillant qu’il y ait un robot alcoolique et dragueur, ou un serveur de pizza coincé en l’an 3000.

Aimeriez-vous faire partie des guest-stars dont la tête est dans un bocal ?

J’adorerais, à condition que ma tête ne soit pas avec celle des Beastie Boys. Et je suis un fan du concept « apportez-moi la tête de… »

Est-ce qu’un film ou une BD serait une prochaine étape idéale pour vous ?

Nous aimerions bien sortir des action-figures. Nous pensons aussi à un documentaire sur Man Or Astro-Man ?, dont le titre de travail est Spinal tap 2.

Est-ce que des aliens comme vous ont des groupies ?

Nous attirons plutôt des physiciens quadra ou quinquagénaires, qui nous demandent de dédicacer leur thèse, leur microscope ou leur blouse blanche. C’est assez embarrassant (rires).

Allez-vous continuer à publier votre journal sur votre site Internet ?

Oui. J’aime être le commentateur/journaliste du groupe. Mais avec Trace et Blazar, c’est un peu calme. J’attends avec impatience de nouvelles histoires de MST, de dope ou de traite des blanches.

Blazar : Je suis en train de monter mon petit réseau de trafic d’organes. Quand je rencontre une fille après un show, j’essaie de lui soutirer au moins un rein.

A sauter partout sur scène, vous arrive-t-il des accidents ?

Birdstuff : Oui, surtout sous cette forme humaine. Une fois, à Atlanta, Coco s’est cassé le nez. C’était quelque chose de tellement nouveau pour nous, cette idée qu’on puisse se casser des os et se déchirer des cartilages, qu’on a continué à jouer sans lui. A Cincinnati, Blazar s’est explosé une dent sur un micro Shure SM 58.

Blazar : Je crachais des morceaux d’ivoire, du sang et de la salive, et le groupe a continué. Coco et Trace me fixaient d’un air furibard, genre « putain, mais qu’est-ce que tu branles ? » J’ai fini le set.

Qui a trouvé le titre Within the mainframe, impaired vision from inoperable cataracts can become a new impending nepotism ?

Lance : C’est le génie de Birdstuff…

Birdstuff : …filtré par l’EEVIAC. Je pense qu’à l’avenir, Man Or Astro-Man ? chantera encore moins, mais nous aurons des titres de morceaux plus longs. Quand tu n’écris pas de texte, tu dois décrire ce que tu veux dire dans le titre.

Blazar : Ça passe également dans la musique, mais peu de gens s’en rendent compte. Alors, nous les aidons.

Propos recueillis par et


Quelques sites à découvrir :

Man Or Astro-Man ? Intergalactic Interface
Le site officiel, tenu par Coco. Bio, dates de tournées, discographie, les journaux de Birdstuff, le shareware « Back to basics » de pilotage de samples développé par Coco en téléchargement… Un peu en retard dans les mises à jour quand le groupe est en tournée.

ASR3K Presents… Man… Or Astro-Man ?
Le site du Mystery science theater 3000. De nouvelles pages toutes fraîches consacrées à EEVIAC (critique, tournée, photos), et des plus anciennes avec bio, autographes, etc., et même deux singles virtuels en MP3.

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