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Le leader des Silver Jews, David Berman, à la réputation d’être plutôt distant. C’est seulement un homme tranquille, les pieds sur terre, qui vient de sortir un troisième album bigrement intéressant, American water. Imprégné de musique country (normal, il a longtemps vécu à la campagne), David Berman n’est pourtant pas un homme du passé (on ne collabore pas par hasard avec Stephen Malkmus des très hype Pavement). C’est un écrivain et poète -publié et reconnu- qui trouve dans la musique un mode d’expression alliant les vertus d’un classicisme élégant et d’une modernité peut-être plus désordonnée. Chronic’art a soumis l’homme a la question.


Chronic’art : As-tu été énervé par le fait de n’être considéré pendant longtemps que comme un side-project de Pavement ?

David Berman : Oui, par le passé, ça m’a pas mal emmerdé. Mais le temps passant, j’en ai de moins en moins fait une affaire. Je crois que les gens comprennent désormais que c’est un projet parallèle. Et les ressemblances entre deux groupes bien distincts l’un de l’autre ne sont que le fruit du hasard.

Tu as déclaré un jour : « Je crois que les Silver Jews ne seront jamais très connus, et c’est très bien comme ça. » Tu fais donc de la musique seulement pour toi ?

Je fais de la musique d’abord pour moi et pour un petit groupe de personnes qui ne peuvent pas s’empêcher de s’y intéresser. Si je me réveillais demain matin pour découvrir que je suis le dernier être vivant sur terre, je doute vraiment que je continuerais à écrire des chansons. La volonté de composer est profondément imbriquée avec le besoin d’être entendu, écouté. Dans le cas que je viens d’évoquer, je m’installerais à la Maison Blanche pour lire du Rabelais.

Tu es né dans le sud des États-Unis. Tu as dit d’autre part que ton inspiration te venait principalement du passé. Le futur ne t’intéresse pas ?

Si, bien sûr, le futur m’intéresse, mais simplement, je ne pense pas qu’il ressemble à Blade Runner et sonne comme les Chemical Brothers !

Tu écris et composes encore dans cette cabane en pleine forêt ? Le fait d’être isolé est-il important pour toi ?

Non, dernièrement, j’ai passé la majeure partie de mon temps à New-York. J’en ai désormais assez de la solitude. J’ai appris tout ce qu’elle avait à m’apprendre.

Ces dernières années, de nombreux écrivains se sont installés loin des villes, en pleine nature (Jim Harrison et d’autres). Te sens-tu proche d’eux ?

Je crois bien que oui. Néanmoins, je suis fasciné par le « cœur de la bête » (la ville, ndr). J’aimerai bien faire l’autopsie du monstre. J’attend simplement qu’il meure…

Quelle différence y a-t-il entre écrire une chanson et de la poésie ?

Une chanson, c’est une mélodie et un texte. La poésie, c’est un texte seul.

Tu as dit que tu ne voulais pas faire de concerts. Tu préfères rester planqué derrière tes compositions ?

Non, je jouerai live pour cet album. Mes albums précédents ne nécessitaient pas d’interprétation en public. Ils étaient de purs produits de studio. Mais American Water est différent, c’est un disque qui appelle en quelque sorte la scène.

Comment va ton chien Jackson ?

A l’automne, Jackson a eu un méchant problème de puces. Maintenant, ça va mieux. Lorsque je ne suis pas là, il paraît qu’il reste devant la fenêtre du salon pendant des heures entières à attendre que je revienne…

Propos recueillis par

Silver Jews : American water (Domino/Labels)