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Chronic’art vous présente deux festivals qui plus qu’une simple succession de concerts, sont un lieu d’initiation au jazz et à sa philosophie.


JAZZ A TOULON

Du 17 au 25 juillet c’était la 9e édition de ce festival. Il faut tout d’abord signaler qu’il s’agit d’un des rares festivals gratuits à proposer une programmation comportant des vedettes internationales – cette année, David Sanchez, Kenny Werner, Didier Lockwood, John McLaughlin. Daniel Michel, son programmateur, a su conserver, malgré les changements politiques intervenus à la mairie, une continuité qui est tout à son honneur. On sent bien ici et là quelques concessions du genre « bons nègres », « Golden Gate Quartet » l’an dernier ou « Five Blind Boys of Alabama » cette année, mais sans plus. Le magazine Jazz Hot lui assure un soutien indéfectible depuis le début, alors que Jazz Magazine refuse d’en parler. Soit.
Mais c’est passer sous silence un des aspects fondamentaux de ce festival : les workshops organisés par le saxophoniste Philippe Crettien, expatrié à Boston depuis plusieurs années et qui revient chaque été avec des pointures comme, entre autres, Bob Gulotti (d) ou Dave Zinno (b) qui sont plébiscités par leurs élèves. Cette année, la durée de ces ateliers est passée de deux à une semaine, mais les étudiants s’y pressent toujours aussi nombreux, d’autant que cet enseignement, comme le festival, est gratuit. Autre initiative heureuse : un « after hours » à l’Holiday Inn de Toulon où étudiants, professeurs, musiciens locaux et invités du festival font le bœuf. On a pu y voir notamment Kenny Werner jouer complètement « out » en s’amusant comme un petit fou. Bref, Daniel Michel et son équipe ont su créer un vrai moment de jazz dans cette ville du sud de la France, il faut les en féliciter. Rendez-vous en 99 !

BARCELONNETTE 98 – LES ENFANTS DU JAZZ

Quinze jours durant, la charmante cité des Alpes de Haute Provence résonne des sonorités festives du stage festival intitulé « Les Enfants du Jazz ». Créé voici quatre ans sous l’impulsion du pianiste et compositeur Stéphane Kochoyan (e-mail : ), il permet à une centaine de jeunes musiciens de s’initier ou de se perfectionner dans des domaines aussi variés que le jeu en petite ou en grande formation, l’improvisation solo ou collective, ou l’histoire du jazz. Durant cette période, répétitions publiques, fanfares et parades animent les rues de la station. Les trois derniers soirs, des pointures viennent jouer pour le plus grand plaisir du public et des stagiaires. Non sans avoir prodigué moult conseils aux futures stars lors de master classes inoubliables. Cette année Orchestra Improvista, Kenny Garrett et La Compagnie Lubat constituaient les têtes d’affiche. Du fait de conditions météo défavorables, Lubat ne put donner de concert, ce qui ne l’empêcha pas de faire le bœuf avec les profs pour le plus grand bonheur des élèves.

Orchestra Improvista – La musique de Nino Rota : Doudou Gouirand (as), Gérard Pansanel (g), Michel Marre (tp, flg), Antonello Salis (p, acc), Joèl Allouche (d). Un très beau concert où la musique des films de Fellini était revisitée par un groupe de musiciens qui n’hésitaient pas à sortir des sentiers battus. Un peu trop au goût d’une certaine partie du public. Dommage, car les envolées de Pansanel, le lyrisme de Doudou Gouirand avaient de quoi enthousiasmer les plus difficiles. Surtout, on a particulièrement apprécié la prestation d’Antonello Salis, homme étonnant, sorte de lutin sicilien fascinant qui, à mes yeux, est l’archétype du jazzman. Homme libre, fuyant les projecteurs, il donne tout dans sa musique, par moments d’une force impressionnante, parfois d’une douceur à faire pleurer de bonheur.

Kenny Garrett Quartet : Kenny Garrett (as, ss), Shedrick Mitchell (p), Chris Dave (d). Grand showman, Garrett avait prévu de plaire à tous. Un tiers de jazz postbop -dont un magnifique Giant Steps- un tiers de jazz FM à mourir d’ennui et un dernier tiers hip hop où la foule était en délire. On a même vu des personnes du troisième âge se lever et danser avec leurs petits enfants ! Bref, un show bien rôdé par un très grand musicien. Trop bien rôdé, peut-être.