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Manuel du fan de base des Beach Boys : a) idolâtrer Brian Wilson, génie junkie égomaniaque ; b) se laisser fasciner par Dennis Wilson rebelle érotomane et compagnon de Charles Manson ; c) détester Mike Love… Concernant le reste de l’équipe, on peut afficher une certaine indifférence sans trop avoir de remords, ils n’ont jamais brillé par leur incommensurable talent… Reste le cas Carl Wilson : guitare-héros rondouillard, puis angelot gras-du-bide, enfin Raspoutine velu débonnaire pour ne citer que les stades les plus marquants de sa longue carrière, il aura toujours fait preuve d’une discrétion remarquable au sein du groupe…


Carl Wilson
is dead… d’un cancer du poumon, il y a quelques semaines, juste après un mince espoir de reformation des Beach Boys. L’histoire officielle du rock n’en fera sans doute pas grand cas. Elle retiendra Pet sounds and Good vibrations et jettera un regard dédaigneux sur la période des chansons crétines surflike et sur la seconde carrière du groupe quasiment méconnue… Deux périodes mal-aimées mais au cours desquelles le cadet joufflu des Wilson prendra sa part de responsabilités… Son principal talent : la plus belle voix du lot… Forcément ridicule comparé au songwriting étourdissant de Brian Wilson. Pourtant, force est de constater que Good vibrations ou God only knows ne seraient pas vraiment ce qu’ils sont sans la voix cristalline et juvénile de Carl.

Mais peut-on faire l’impasse sur son jeu de guitare électrisant, brassant les genres musicaux en vogue dans les sixties ? Il reste sans aucun doute le musicien le plus accompli du groupe, ses acolytes n’étant que de médiocres exécutants, à tel point qu’à partir de 1965, ils ne joueront pratiquement plus sur les albums des Beach Boys, se contentant d’y apposer leurs voix… Mais c’est à partir des années 70 que Carl prendra véritablement les rênes du collectif, alors que Brian Wilson tombe dans l’oubli… Dévastés par l’échec de Smile, chef-d’œuvre en péril tombé dans le néant, les Beach Boys se voient contraints d’abandonner leur avantageuse situation de contre-offensive anti-Beatles pour se convertir en ce qu’on pourrait définir comme une version préhistorique du type groupe indé… Chansons personnelles, ambitions mesurées, albums de bonne tenue (surtout Sunflower et Holland), Carl écrit, produit et dirige les Beach Boys qui s’entre-déchirent. Fin diplomate, il gère les tensions internes du groupe qui se cherche… Pour pallier l’absence de Brian, il compose et s’impose comme arrangeur… Il délaisse le Rock’n’surf pour des mélodies plus « soul » et « bluesy » sans pour autant oublier la pop baroque et lyrique à grands renforts de chœurs larmoyants. Accueil critique satisfaisant, mais le public peine à suivre, d’autant que les Beach Boys traînent derrière eux une réputation de ringards bien ancrée…

Les (vieux) Garçons de la plage devront attendre la deuxième moitié des 70’s et un regain de nostalgie pour revenir sur le devant de la scène. Mais désormais la qualité ne sera plus au rendez-vous, et une fois de plus ils tomberont dans l’oubli… Mis à bas de son trône de leader intérim par le méprisable Mike Love, Carl cachetonnera et interprétera en 1985 le nauséeux Kokomo qui doit sans doute plus à Tom Cruise qu’à sa qualité intrinsèque… Ayant désormais rejoint son frère Dennis, mort noyé en 1983, Carl aura juste eu le temps de vivre un éphémère espoir de reconstruction du groupe, et de travailler un peu sur le prochain album de Brian Wilson… Le cancer l’a emporté et scelle définitivement la lente agonie d’un groupe qui a désormais perdu son âme…