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De son passage dans le groupe Magazine, légendes arty post-punk, et chez les ténébreux Bad Seeds de Nick Cave, Barry Adamson a gardé un goût pour les musiques pluri-référentielles, mais toujours épicées. Il a également composé plusieurs musiques de films. Alors que sort son nouvel effort, As above so below, l’homme -sympathique et pondéré- s’explique sur certaines de ses orientations.


Chronic’art : As above so below, qu’est-ce que ça signifie ?

Barry Adamson : Eh bien, je suppose que c’est être entouré par le cosmos. C’est une chose dont j’ai discuté avec David Lynch. Je lui ai posé la question : « Qu’est-ce que ça veut dire ? », car c’est une expression qu’il emploie souvent. Il m’a répondu que l’idée était pour l’homme d’être exactement au centre de tout. Le cosmos est partout, et tout ce qui est compris à l’intérieur est partout également. Pour moi, c’est essayer d’envisager tout ce qui arrive dans la vie sans juger péremptoirement que telle ou telle chose est positive ou négative. C’est un questionnement permanent, c’est assez sensible sur l’album, je crois, cette idée du Paradis et de l’Enfer. Il s’agit de déterminer qu’elle est la proportion du côté sombre qui est en vous, et de l’accepter, plutôt que de chercher à tout prix à s’en débarrasser. C’est une question de sensation finalement, de perception : accepter d’être humain.

A propos d’êtres humains, vouliez-vous, sur cet album, faire un travail de groupe ?

Pas vraiment. Ce que je voulais, c’était confronter les idées de différentes personnes jouant ensemble. Cependant, il y a bien sûr certains points de références que je voulais retrouver sur des morceaux en particulier, sur lesquels je souhaitais, effectivement, donner la sensation d’un groupe en train de jouer.

Cet album, comparativement au précédent, donne l’impression, tant par les morceaux que par la production, d’être beaucoup plus direct…

Oui, je me suis rendu compte de l’ambiguïté des morceaux instrumentaux, et je voulais qu’ils aient un peu plus de profondeur. Des mots me venaient, j’avais donc la possibilité d’inclure des parties chantées, c’est ce que j’ai fait. Et même comme cela, vous pouvez encore conserver une certaine forme d’ambiguïté aux chansons. J’avais seulement besoin d’explorer ce nouvel axe, de fournir aux morceaux un structure un peu plus forte.

Effectivement, vous chantez sur As above so below, c’est une nouveauté !

C’est une partie de la musique que j’ignorais jusqu’à maintenant. En même temps, je ne voulais pas me positionner comme un « nouveau chanteur ». J’ai donc chanté un peu comme on utilise un nouvel instrument. Et c’est très puissant, cela vous procure tout un tas de nouvelles possibilités.

Travaillez-vous de la même manière sur vos albums et sur les musiques de films que vous composez ?

Pratiquement, oui. Mais sur mes albums, j’ai plu de temps pour organiser mes idées, et surtout, je peux faire exactement ce dont j’ai envie ! Sur une musique de film, vous êtes à la merci du réalisateur, vous devez juste assembler ses idées à lui, vous êtes l’instrument de son idée directrice. Parfois, vous arrivez à vous projeter totalement dans ce que veut le metteur en scène, et là, vous travaillez comme si c’était pour vous.

En tout cas, As above so below sonne assez comme la bande originale d’un film imaginaire…

Ce que je voulais pour cet album, c’était garder à l’esprit, en composant les morceaux, des images comme dans un film. En ce sens, As above so below a été conçu comme une suite de morceaux se suivant, c’est une espèce de voyage, et à la fin, vous avez l’impression d’avoir bougé, changé d’endroit, ou même d’être revenu à votre point de départ.

Pourriez-vous désormais envisager de réaliser vous-même un film ?

Bien sûr, mais pour l’instant je n’ai pas de projet précis. Juste plein d’idées que le laisse volontairement dans l’ombre, pour qu’elles mûrissent…

Propos recueillis par

Nouvel album : As above so below (Mute/Labels)