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MAZK est la rencontre entre deux personnalités marquantes de la musique bruitiste : Masami Akita et Zbigniew Karkowski. Plus connu sous le nom de Merzbow, Akita est l’un des pionniers du mouvement « japanese noise », milieu dans lequel il est considéré par beaucoup comme l’indétrônable roi. Infatigable, le musicien (ou noisician, terme plus adéquat) a réalisé à ce jour environ 300 albums explorant encore et toujours les diverses possibilités des sonorités extrêmes… Zbigniew Karkowski, lui, est connu pour sa collaboration avec Kasper T. Toeplitz, dans un déstabilisant projet musical nommé Le Dépeupleur. A la suite d’un concert à Aubervilliers, nous avons saisi l’opportunité d’interviewer ces deux pointes de la nuisance sonore.


Chronic’art : Quel était l’intérêt pour vous de monter un projet de musique expérimentale en duo ? Pouvez-vous nous expliquer la différence entre cette collaboration et vos travaux individuels…

Zbigniew Karkowski : Ca s’est passé très spontanément. Je connais Masami Akita depuis plusieurs années et nos musiques ont toujours été relativement proches… Nous avons donc décidé de travailler ensemble, tout simplement.

Masami Akita : Lorsque j’ai commencé à travailler avec Zbigniew, j’étais intéressé par la musique sur ordinateur (PowerBook précisément).

Vous étiez-vous déjà adonnés à la musique sur un Mac auparavant ?

M.A. : Nous venons de sortir un CD sur un label anglais, il y a peu de temps… Je n’avais jamais utilisé de Mac jusque là. Faire de la musique avec un ordinateur est quelque chose de vraiment nouveau pour moi.

Improvisez-vous sur scène ?

Z.K. : Dans un sens, oui… Nous ne discutons jamais à l’avance de ce qui va être joué durant nos concerts.

M.A. : Ce n’est pas de l’improvisation pure. La musique est quelque part composée à l’avance, dans ma tête.

Quel est l’intérêt de jouer en concert de la musique écrite sur micro ? Avec les ordinateurs, tous les sons sont pré-enregistrés, vous ne créez donc plus grand chose sur le moment…

M.A. : Nos sons ne sont pas tous pré-enregistrés, beaucoup d’échantillons servent de base pour créer d’autres sonorités. D’où l’intérêt du concert. Un son de cinq secondes peut être modulé, transformé en temps réel… Le rapport avec la musique est différent lorsque l’on compose pour un enregistrement en studio ; là c’est du vrai live…

MAZK est une rencontre pour un album et une tournée unique, ou continuerez vous à travailler ensemble par la suite ?

Z.K. : On ne se pose pas ce genre de questions. Si quelqu’un nous invite pour un concert, nous jouons, c’est aussi simple que ça. Si quelqu’un nous invite pour faire un disque, nous le faisons aussi…

M.A. : A vrai dire, nous ne parlons jamais de musique ensemble, nous ne savons que jouer. (rires)

Y a-t-il chez vous, que ce soit dans MAZK ou dans vos travaux individuels respectifs, une volonté d’agression du public, de violence ?

Z.K. : Oui oui…

M.A. : Oui, nous nous efforçons de trouver les meilleures fréquences pour avoir un impact instantané sur le public.

L’agressivité est le seul objectif que vous vous fixez ?

M.A. : (après un long silence) Non, nous ne voulons pas uniquement être agressifs… Nous voulons aussi créer quelque chose de vraiment fort.

Fort ? Quelle différence avec l’agressivité ?

Z.K. : Fort, comme Masami vient de le dire, nous recherchons l’impact sur le public… Le son n’est rien d’autre que des ondes voyageant dans l’air, poussant l’air, c’est un phénomène complètement physique. Ce qui différencie la musique des autres moyens d’expression artistique. Qu’il soit produit par un violon ou une voix, le son est toujours uniquement basé sur des phénomènes physiques, des vibrations. Par là, nous cherchons donc à avoir un fort impact sur l’auditeur, à le frapper. Notre démarche n’est absolument pas intellectuelle, notre musique n’est pas cérébrale, mais avant tout physique. Nous n’avons pas de message à passer, nous voulons faire ressentir notre musique…

Votre attitude est peut-être plus proche de celle d’un groupe de rock’n’roll que de musique nouvelle…

(Explosion de rire générale)
Z.K. : Peut-être… Sauf qu’on ne joue pas de guitare.

Vos influences sont-elles plus portées du côté du rock ou du côté de la musique institutionnelle ? Quelles sont vos sources d’inspiration ?

M.A. : Tout et rien à la fois… Ou rien et tout, peut-être…

Z.K. : Chaque journée est différente… Je peux m’inspirer de quelque chose aujourd’hui, puis d’autre chose de complètement différent demain. (rires)

Votre musique est-elle en aversion, en réaction à un autre type de musique ?

Z.K. : Nous ne voulons pas forcément créer quelque chose de nouveau, ou en opposition à quelque chose d’autre. A vrai dire, ça nous est totalement égal. Nous voulons juste jouer… Faire notre musique, c’est comme donner un coup de pied à l’auditeur… Vous parliez tout à l’heure de rock’n’roll, c’est la même chose. Nous ne nous intéressons pas du tout à la portée intellectuelle de notre travail, ni à la signification qu’il peut avoir.

Etes-vous ouverts à tout type de collaboration artistique ou vous limitez-vous à ne travailler qu’avec des musiciens bruitistes ?

M.A. : J’ai travaillé avec des artistes de différents milieux… Je me soucie peu du médium artistique de la personne avec qui je vais travailler. En fait, mon unique but dans une collaboration est de trouver quelque chose de nouveau, quelque chose que je n’avais jamais connu auparavant… J’ai déjà travaillé pour le théâtre, la danse, des happenings, le cinéma…

Avec quels réalisateurs avez vous travaillé ?

M.A. : Avec Ian Kerkhof. J’ai fait la bande originale pour un de ses derniers films, l’adaptation d’une nouvelle de Georges Bataille. Je ne sais pas trop comment définir son travail… A vrai dire, il est intéressé par tout ce qui touche à l’extrême… Autrement, j’ai composé la musique d’un documentaire sur moi-même, Ultra violence beyond the ultra violence.

Quels sont vos projets ?

M.A. : Je vais faire une exposition à Paris au début du mois de novembre 99, à l’A.R.C. On pourra y voir mes dernières peintures ainsi que quelques textes les accompagnant… Il y a aussi mon tout dernier projet : la Merzbox. C’est un coffret contenant 50 CD de Merzbow…

Propos recueillis par et