PARTAGER

Arrivé in extremis après quelques galères routières, Arno s’en vient prendre aux tripes le festivalier Malouin. Même si le Flamand fêlé ne se veut pas trop consensuel, il se plie aux exigences de la promo et déballe, une fois de plus, son intimité sur A Poil commercial, nouveau coup de gueule laserisé.


Chronic’art : Vous aimez jouer dans un festival devant un public qui n’est pas le vôtre ?

Arno : Je ne pense pas à ça. Le concert de ce soir est un concert comme un autre. Je n’ai pas de frontières… Quand on me demande de jouer, je joue. Je n’avais pas demandé à jouer ici par exemple.

Des galères festivalières ?

Ouais, ouais. J’ai vécu ça, il y a quelques jours, pour les Francofolies. Le public se plaignait, disait que le son était trop fort. J’ai fait mon concert. Je ne sais pas ce qui s’est passé ensuite. Il y a eu probablement des gens qui ont aimé. Les autres étaient partis de toute façon.

Comment interpréter le titre de votre album A Poil commercial ?

Quand je fais un album, je me mets à poil et faire un disque, c’est commercial.

Vous avez envie de toucher un public plus large ?

Je ne voudrais pas que tout le monde m’aime. Ça me poserait un problème. A eux aussi d’ailleurs.

Donc pas trop commercial ?

A partir du moment où on sort un disque, on est commercial. Qu’on le veuille ou non.

Dessus figure une chanson, J’ai un problème, où vous épinglez certaines pop-stars. Des gens en particulier ?

Oui, oui. Je ne dirai pas leur nom, je les ai oubliés. Le morceau m’est venu en regardant la télé. Les chaînes musicales. Ça m’énerve toujours.

Vous n’avez plus envie de fêter vos anniversaires ?

Je suis vieux depuis si longtemps.

Pas sur scène en tout cas.

(touché) Alors là, merci.

Vous aimeriez avoir 20 ans aujourd’hui ?

Déjà à 20 ans, je me sentais très vieux…

En référence à la chanson Ronde et belle, vous aimeriez pouvoir être enceinte ?

Non. Je laisse ça aux femmes. Elles sont plus fortes que nous. Elles sont aussi plus futées que les hommes.

Il y a une reprise de Claude Nougaro sur l’album. Pourquoi ?

C’est grâce à mon fils. Mon fils fait du hip hop. Un jour, il vient me voir et me dit : « papa, je veux que tu chantes une chanson pour moi ». J’ai répondu : « laquelle ? » et il m’a donné une cassette avec différents morceaux à textes. Je ne savais pas qui chantait dessus et c’est lui qui m’a dit que c’était Nougaro. J’ai donc chanté Sous ton balcon pour lui. Mais je ne la connaissais pas avant.

Ca fait quoi d’avoir un fils qui suit vos traces ?

Mon fils n’aime pas mes pantalons. Il préfère les trucs XXXL. Il ne porte pas de casquette de base-ball, attention. Et il met de grosses baskets. Il connaît toutes les marques. Il n’aime pas mes bottes, non plus. Peut-être qu’il est plus intelligent que moi. Lui, il a les pieds qui puent dans des baskets, c’est tout…

Cette histoire d’odeur décidément…

Les odeurs, c’est la vie, non ? Je n’ai jamais porté d’after shave par exemple. Ma grand-mère m’a toujours dit « un homme doit sentir la sueur, le tabac et le sperme ». Et elle a 95 ans et boit chaque jour une bouteille de Mâcon. Excepté le dimanche.

Que boit-elle le dimanche ?

Rien, elle dort, je crois. Le samedi, aussi, elle récupère.

Et l’odeur des femmes, c’est quoi ?

Ça sent comme une femme. Rien d’autre.

Vous chantez en français et en anglais. En quelle langue vos textes vous viennent ?

Ça dépend. Quand j’écris un texte, c’est à cause d’une situation donnée. Ou de gens que je rencontre. Ma grand-mère maternelle est française, c’est pour ça que c’est une salope, mais je l’aime. Ma grand-mère paternelle est anglaise. J’ai deux origines. Mon père est né en Angleterre. Son père est Flamand de Hollande et ma grand-mère française est mariée à un Hollandais…

C’est donc naturel que vous ayez écrit Putain putain.

Oui, mais je suis dans la merde. Parce qu’être européen, c’est un peu la merde (rires). L’Europe c’est la merde. On a toujours besoin des Américains pour s’occuper de nous. Moi, ça me gêne… J’ai rien contre les Américains, mais je ne comprends pas pourquoi les Européens veulent être habillés comme des américains. On utilise tout le temps des mots d’anglais dans le français.

La réciproque est vraie.

Oui, à New York, parce que c’est chic. Ou les couturiers le font. Pas dans le Middle West.

Vous pourriez écrire aussi en flamand ?

Je l’ai déjà fait. Il y a longtemps, oui.

De qui vous sentez vous proche actuellement, humainement ou musicalement ?

Ils sont presque tous morts… Certains bluesmen, comme Howlin’ Wolf, ou Sonny Terry. Il y a aussi des jeunes que j’aime, mais j’ignore si c’est réciproque. Des gens dont j’ai oublié le nom. Il y a ce mec qui a fait un disque de techno, un Anglais… J’aime aussi le groupe qui va jouer avant nous. Archive. J’aime leur disque, mais je ne fais pas la même chose. J’aime aussi Corry Harris.

Des collaborations en vue ?

Oui, mais avec des mecs que tu connais pas. Qui habitent à New-Orleans. Il y a un pianiste qui a fait plein de trucs avec Billie Holiday, Mal Waldron. J’aimerais aussi collaborer avec Mireille Mathieu. C’est à cause de sa bouche. Elle a une belle bouche. Les gens croient qu’elle est asexuée, mais elle est très sexe au contraire ! J’ai pas de fantasme sur elle, mais elle a quelque chose. Enfin, elle est d’Avignon ! Tu n’es pas d’Avignon ?

Non, de Paris.

Ah, tu vis à Paris. A chaque fois que j’y viens, je loge place des Vosges. Dans le Marais. On me paye l’hôtel, alors je ne peux pas choisir, mais je suis bien là.

Vous avez des plans pour le réveillon de l’an 2000 ?

(il réfléchit) Je n’y ai pas encore pensé. Peut-être que je serai avec mes enfants dans une île où il fait très chaud. A ce moment-là, j’aurai un break dans ma tournée. Elle s’arrête le 19 décembre, je prendrai des vacances.

Donc pas de crainte de fin du monde ?

On en parle tous les jours, alors. Après cette histoire d’éclipse et de fin du monde de l’autre jour où il ne s’est rien passé, ce n’est plus très crédible. A moins qu’on soit tous déjà morts et qu’on ne le sache pas.

Superstitieux ?

Non, j’ai pas le temps. Mais je crois aux mauvaises vibrations, aux mauvaises ondes. C’est normal, c’est signe qu’on est sensible. Ou qu’on est encore vivant après tout. Enfin, il faut faire la différence entre les gens qui existent et ceux qui vivent. Il vaut mieux vivre.

Et Internet dans tout ça ?

J’ai un « Website », dont mon fils s’occupe. J’ai déjà regardé ce qui s’y passait à côté de lui, mais c’est lui qui me montre, qui me guide. J’ai pas le temps d’apprendre comment ça marche. Je donne de l’argent à mon fils pour qu’il gère ça, c’est tout. Allez, soyez sages.

et


Ne vous privez pas de lire &numero=42&num_rubrique=4″>notre critique du nouvel album d’Arno, A Poil commercial