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3
sur 5

La télévision a peu de mémoire. En matière d’immigration on pourrait presque dire qu’elle n’en a pas. Ce que le petit écran nous offre, ce sont des images des banlieues chaudes, des initiatives positives des associations d’insertion ou de manif antiracistes ; mais la mise en perspective n’est pas son champ. C’est donc le cinéma qui fait œuvre d’historien pour nous faire connaître l’origine de cette « deuxième génération » aujourd’hui sous les feux des projecteurs. Cela peut-être la comédie –Le Gône du Chaaba, avant Vivre au paradis, se déroulait déjà dans un bidonville des années 60- ou le documentaire, la première partie de Mémoire d’immigrés, de Yamina Benguigui, retraçait l’arrivée en France de travailleurs algériens appelés par un Etat avide de main-d’œuvre, mais avare en lieux de vie. Lakhdar, interprété par Roschdy Zem, est un de ces « pères » venus en France en croyant Vivre au paradis. Finalement, son pauvre Eldorado se résume au travail sur un chantier et à la vie dans un bidonville, comme l’on peine à croire qu’il ait pu en exister aux portes de Paris, il y a moins de quarante ans…

Devenant fou à force de solitude, il se décide à faire venir femme et enfants, malgré l’insalubrité ambiante, malgré la boue, le vent et la promiscuité. Sans véritable enjeu autre que celui de trouver un appartement, le film nous présente la vie de cette famille au sein du bidonville, faite d’entraide et d’égoïsme mêlés, avec en toile de fond la lutte des habitants pour la libération de leur pays (le film se déroule au plus fort de la guerre d’Algérie). Pour son premier long métrage, Bourlem Guerdjou, déjà auteur de plusieurs films courts primés dans des festivals, nous donne une belle leçon d’histoire. Seul bémol, le cinéma reste un peu un retrait : Roschdy Zem n’est pas convaincant en portant moustache et habits de chantiers, et les décors sentent trop le studio pour nous faire vibrer à l’évocation du sort des immigrés d’alors. Malgré ce côté un peu surfait, Vivre au paradis reste une initiative de mémoire citoyenne indispensable.