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3
sur 5

Ressurgissant des années 70, Duel de Steven Spielberg inspire beaucoup les cinéastes en ce moment. Pas moins de deux films sous influence sortent à quelques mois d’intervalle : Une Virée en enfer, bien évidemment, et Jeepers Creepers (une farce fantastique plutôt réussie dont on reparlera le 26 juin 2002, au moment de sa sortie). Dans les deux cas les cinéastes ont su s’approprier la figure opaque du routier pour réaliser des thrillers particulièrement anxiogènes.

Lorsque le film de John Dahl débute, Lewis (Paul Walker), jeune étudiant à la fac, est sur le point de rentrer chez lui pour les vacances d’été. Ce voyage est censé être une ballade idyllique à travers le pays avec la fille de ses rêves, Venna (Leelee Sobieski). Malheureusement, en chemin, Lewis récupère Fuller, son frère aîné, tout juste sorti de prison. Autant l’un est le « perfect guy », l’étudiant propret, autant l’autre est un raté, toujours prêt à faire une connerie. C’est un peu le mouton noir de la famille et il en est d’ailleurs tout à fait conscient puisque c’est le pseudo qu’il adopte sur les ondes de leur CB. Celui de Lewis, « Candi can » (sucre candi), est nettement plus féminin et mensonger. Pour tuer le temps et histoire de rigoler, il travestit sa voix et se fait passer pour une conductrice en chaleur auprès d’un routier. Un rendez-vous galant est pris mais la mauvaise blague tourne mal et un homme est sauvagement assassiné. A partir de là, le routier qui ne partage pas exactement le même sens de l’humour que les deux frères ne va cesser de le traquer sur la route.

Il n’est alors plus question de road-movie sympathique mais d’une cauchemardesque course-poursuite. La CB c’est un peu comme un chat-room sur roues hérité des années 70, même anonymat, même possibilité de se lâcher impunément. Sauf qu’ici la victime ne se laisse pas faire. A bord de son monstrueux camion, le routier n’est plus qu’une imposante et omniprésente menace. On n’apercevra jamais son visage mais il suffit d’entendre à travers la CB sa voix caverneuse, chargée de Marlboro et de Bud, pour éprouver un terrible frisson. Le film ne se réduit pas pour autant à une haletante et particulièrement réussie course-poursuite à travers les Etats-Unis. Au passage il trace un portrait particulièrement glauque de ce pays. Entre néons clignotants, paysages désertiques et motels crasseux à la déco inchangée depuis les seventies, Une Virée en enfer montre l’Amérique profonde dans ce qu’elle a de plus terrifiant. Sans être un cinéaste majeur, John Dahl s’épanouit dans le cinéma de genre et réussit une efficace série B.