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sur 5

A travers l’itinéraire de Rallia, une jeune femme venue de Suisse pour retrouver sa mère sur un plateau aride de l’Algérie profonde, Mehdi Charef a cherché à évoquer la condition de femmes vivant dans un pays où la sévérité des moeurs s’ajoute à la pauvreté et à la dureté du climat. A mi-chemin entre la fable ethnologique et le récit initiatique, La Fille de Keltoum pêche avant tout par un traitement visuel plat, un récit lent et convenu, et une mauvaise direction d’acteur qui plongent immanquablement le spectateur dans un état de léthargie profonde.

Ce n’est pourtant pas les bonnes intentions qui manquent à ce film. A la manière d’un Merzak Allouache dans L’Autre monde, Mehdi Charef a cherché à redonner à ce pays déshérité et méconnu une certaine dignité cinématographique : paysage arides mais magnifiques, visages burinés par le soleil et la dureté de la vie, sensualité contrariée des femmes voilées aux corps tabous, impitoyablement soumis au travail. Rallia, pimpante jeune fille venue de Suisse, tranche évidemment avec cet univers. Elle cherche sa mère Keltoum, moins dans le but de renouer avec ses racines que de se venger de cette mère indigne qui l’a abandonnée lâchement. Flanquée de Nedjma, une vieille fille à moitié cinglée qui distribue à dos de mulet l’eau aux habitants éparpillés sur le plateau, elle traverse le pays pour trouver Keltoum qui travaille dans un hôtel en ville.

Ce « road-movie » Algérien, hélas, se contente d’une trame prétexte et superficielle pour évoquer le drame des femmes algériennes. Charef reprend un motif épuisé -la quête de la mère, allégorie d’un pays tout entier forcé d’abandonner ses pupilles- auquel il ne parvient pas à insuffler l’émotion et le lyrisme attendus. Le couple formé par Rallia et Nedjma fournit pourtant quelques idées porteuses (Nedjma, infantile et asexuée, incarne pour Rallia tous les maux dont souffre ce pays qu’elle dit haïr). Mais, empêtré dans des conventions narratives et la volonté trop consciente de décrire un pays en souffrance, La Fille de Keltoum reste à niveau d’observation très schématique, et ne devient jamais la quête intérieure qu’il prétend être.