Quelle est la différence entre Kristen Stewart et, mettons, Megan Fox ? La même qu’entre La Princesse de Clèves et, mettons, Next : une certaine idée de la séduction, dirons-nous. Soit, d’un côté, les prudes émois d’une jeunesse à fleur de peau (toujours blême), décrits avec tout le sérieux qu’il se doit (Twilight) ; de l’autre, le sexe comme objet de consommation immédiate, petit jeu ironique, devenant mesquin lorsqu’il s’agit, à l’instar de Diablo Cody dans Jennifer’s body, de moquer la vulgarité dont on se repaît par ailleurs allègrement. L’émotion vraie, au risque de la candeur et du ridicule, contre l’émotion fabriquée, à la faveur du commentaire roi. Ou, pour reprendre Skorecki : le direct contre le différé. Nous avons choisi notre camp et, aux ayatollahs de la libération sexuelle (les mêmes qui pensent qu’un réalisateur est réac dès lors qu’il choisit de marier deux personnages…), qui ne manqueront pas d’instruire le procès en puritanisme des héros imaginés par la mormone Meyer, nous rétorquerons que l’abstinence est ici moins prônée que subie ; moins une doxa qu’un jeu ; et surtout, qu’elle est un excellent moteur à fiction, conférant moiteur et fébrilité à ce charmant babil de la Tentation, où le sexe ne se pratique pas, mais exsude de chaque plan.

Une fois cette question réglée (ils ne coucheront pas, voilà, fin du suspens), que vaut ce deuxième épisode ? La surprise et quelques morceaux de bravoure en moins – qu’on attribuera à la légère supériorité de Catherine « Thirteen » Hardwick sur Chris « About a boy » Weitz – Twilight 2 se révèle presque aussi beau que le premier, hissant d’ores et déjà la franchise au dessus de son concurrent à la baguette et aux lunettes rondes. Ce qui n’en fait certes pas un chef d’oeuvre (manque un vrai metteur en scène à la barre), mais un objet suffisamment sexy pour tenir nos sens en éveil deux heures durant. La nouveauté de cet opus tient dans le remplacement du bellâtre aux dents longues (Bobby Pattinson), exilé à Rio de Janeiro les trois quarts du film, par un indien maousse costaud, loup-garou à ses heures (un quileute en jargon). C’est dans ses bras créatinés que Kristen Stewart – un peu trop passive et cajolée à notre goût – trouvera à se consoler de son chagrin d’amour (jolie scène « circulaire », sur une musique de Lykke Li)… Jusqu’à ce que les vampires ne reprennent du service pour une ultime partie, jouissive, sous les ocres de Toscane.

Loin d’être neutre, cette translation du vampirisme vers la lycanthropie, et vice-versa, induit une oscillation stylistique, qui donne au film son troublant aspect volatil : où l’on passe, avec habileté, de l’évanescence à la pesanteur, des emos aux camés, d’une romance à l’eau de rose tantôt mignonne tantôt lassante (qu’on préfère toutefois, on le répète, au cynisme de ses concurrents) à des scènes de fight fièrement menées – en d’autres termes d’un film de fille à film de mec. Comme si, à l’image de la bande originale partagée entre une pop modern-chic (Bon Iver, Grizzly Bear, Thom Yorke…) et une partition pleurnicharde d’Alexandre Desplat, deux films luttaient en permanence, mais sans qu’aucun des deux n’arrive à l’emporter. On retrouve là la combinaison magique de quelques belles fictions teen contemporaines, comme Never back down, Sexy dance ou Fighting. Des films un poil candides mais toujours francs du collier, qui font de l’habilité des corps (on se bat, on danse, on bondit), de la confrontation physique (on est toujours contre quelqu’un) et de la jouvence éternelle leur sujet privilégié. Des films qui ne cessent au fond de poser la même question : que peut un corps adolescent éduqué devant MTV ?

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