Si le retour de Tobe Hooper sur les grands écrans est moins fracassant que celui de Romero l’été dernier avec Land of the dead, il demeure particulièrement sympathique. Par son sujet, tout d’abord : une embaumeuse s’installe avec ses deux enfants dans la morgue d’un petit village croupi du Sud des Etats-Unis, réveillant par la même occasion secrets et habitants désarticulés du cimetière voisin. Le ton est celui de la farce, et l’humeur plutôt à la grande foire Z : zombies de carnaval, gore glucose et barbapapa, effets numériques cheapissimes. Bref, l’occasion pour Hooper de jouer sur le fil de l’horreur et du grotesque avec un relatif sens de l’équilibre pas vu depuis Massacre dans le train fantôme.

Bien sûr, le film souffre de son statut de production sans enjeux et de son scénario claudiquant (la deuxième moitié semble avoir été écrite avec les doigts de pied d’un homme-tronc). Pire, on se demande souvent si Hooper, à l’exception d’une ouverture magnifique et de quelques détails (le rire du maire) ou froissements de plan qui sont sa propriété exclusive depuis Massacre à la tronçonneuse, s’intéresse vraiment à ce produit sans envergure destiné avant tout au marché vidéo. Mais Mortuary emporte néanmoins le morceau (ou disons un petit morceau) lors de cette fameuse seconde partie sans queue ni tête. Cela grâce à un sens du rythme et du découpage qui permettent d’entrer, malgré l’absurdité du script, sur un territoire 100 % Hooper : fil du rêve nimbé de surréalisme où l’espace et le temps se dissolvent selon une logique du paroxysme et de l’évaporation sidérantes.

Le film s’ouvre alors à la pure logique du conte, sorte de tour de train fantôme bien dans ses rails malgré l’apparent éclatement du récit : le lieu supplante tout le reste, et le spectateur plonge dans un univers expressionniste où plus rien n’importe sinon l’éclat des images et la ligne droite très fluide du découpage. Sans atteindre des sommets, cette ultime partie témoigne de ce sens du carnavalesque et de cette fibre grotesque qui nourrit depuis toujours le cinéma petit et grand de Tobe Hooper. Cela tient certes à quelques bribes d’émotion dans un torrent de ringardise, mais l’essentiel est sauf : Hooper, s’il n’était un grand cinéaste perdu, aurait probablement encore suffisamment de coffre pour sortir un petit chef-d’oeuvre de son chapeau mité.

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