Le King en question, c’est Elvis (Gael Garcia Bernal), un jeune homme fraîchement débarqué dans la petite ville de Corpus Christi où officie David Sandow (William Hurt), un prêtre chrétien fondamentaliste qui vit là avec sa femme et ses deux enfants. Elvis est l’enfant que le prêtre eut il y a longtemps avec une femme du temps où il n’était pas encore chrétien. Oui mais voilà, David Sandow a maintenant une autre vie et fait rapidement comprendre à Elvis qu’il n’est pas le bienvenu. Les choses prendront une tournure de plus en plus redoutable pour le prêtre, à la mesure de son déni. C’est un ange du mal qui est descendu sur terre pour faire expier ceux qui utilisent Dieu pour se laver à bon compte de leurs péchés. Un ange du mal comme il se doit « pur » et « innocent », presque ingénu dans sa façon de saper peu à peu les fondations de cette famille proprette.

Curieux film que The King, exposant son sujet en pleine lumière, sans fard ni faux semblants avec une sorte de frontalité qui pourrait s’apparenter à de la naïveté, n’était cette petite musique ironique qui, telle une ritournelle douceâtre, vient faire contrepoint à l’apparente tranquillité ensoleillée de la ville et de ses habitants. Le film oscille sans cesse entre le sarcasme silencieux, une méchanceté sourde qui laisse planer un jugement sans appel sur ses personnages, et une manière frontale d’entrer malgré tout en empathie avec eux. Equilibre précaire, donnant l’impression que le réalisateur, trop conscient de ses effets, joue au plus malin avec les spectateurs (pour se les mettre dans la poche ou pour les choquer, c’est selon) tout en se ménageant de beaux moments de cinéma dès qu’il quitte la trame d’un récit un peu trop rôdé.

De cette histoire de vengeance aux relents bibliques, on retient curieusement ces instants qui échappent au pur déroulé du récit. Drague muette entre deux tourtereaux au bord de l’eau dans la chaleur de l’après midi, chanson mélancolique du fils du prêtre en plein office ou quotidien solitaire d’Elvis : quelque chose passe de la vérité des postures et des lieux, qui doit sans doute au passé documentaire de James Marsh et à son travail avec les acteurs (tous très bons). Dans ces moments là, le jugement se suspend comme pour laisser entrevoir ce que pourrait être un monde et des êtres pacifiés si, un jour, quelqu’un n’avait pas mis le vers dans le fruit. Sa manière d’observer les personnages adolescents en particulier, dont il aurait aisément pu moquer les travers (la croyance du fils en un « intelligent design », la naïveté d’oie blanche de la fille), et dont il magnifie au contraire la tristesse mutique et la pureté des intentions, amènent une réelle émotion. Néanmoins la pureté ici n’est peut-être rien d’autre que le masque de la bêtise. Si bien que l’émotion elle-même se mue en ironie. Une ironie qui fait aussi la limite du film. Il manque en effet à The King la dimension qui fait la grandeur de toute oeuvre ironique : celle d’être un traité du désespoir.

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