Taxi 4 est archi-nul et après ? Est-il plus dégénéré qu’un épisode précédent, y a-t-il plus de blagues racistes, de beaufitude, de bâclage ? Pas spécialement. La seule valeur de ce truc, c’est justement qu’il n’en a strictement aucune -comble du cynisme. Autant les autres volets promettaient quelque chose, un univers (Marseille, Paris, la montagne), une vague progression psychologique, autant celui-là garantit la resucée complète, sorte de clone cloné. Non, on ne peut pas s’énerver pour si peu. De toute façon, Besson a gagné par K.O. Il y a dans le rapport public à Taxi l’envie coupable de se laisser aller : à la déception facile, au rire gras, à la régression des foules. Avachi, en bout de course, Taxi 4 représente plus que jamais la France qui perd, une France fondue dans la masse, anesthésiée et docile, pataugeant dans sa médiocrité avec une gourmandise déprimante.

Ah, il l’a bien compris le public, Besson. Il a dû se marrer en écrivant Taxi 4. Tenez, cette séquence d’un haut degré de fumisterie comique par exemple : Bernard Farcy arrive au commissariat le crâne enturbanné où le joint d’un collègue rasta s’est logé par inadvertance. Un gag puis deux, on passe à autre chose. Farcy enlève alors son bandage, découvrant un crâne éclatant de santé, sans une égratignure. En un mouvement d’appareil, le comique passable (au moins cohérent) laisse place à son making-of, l’artificialité (de la scène, du personnage) se découvrant avec un amusement rigolard d’une atroce impudeur. On a l’air de pinailler comme ça, mais repensez à L’Arme fatale ou n’importe quel buddy movie hollywoodien conçu pour amuser les masses : combien jettent la vraisemblance aux orties à ce point, combien comptent sur l’indulgence du spectateur, s’amusent de son aveuglement et de sa connerie potentielle ? Même la série des Gendarmes à Saint Tropez le respectait davantage.

Voilà la grande différence entre l’entertainment américain et Besson. Le premier sue pour donner au public ce qu’il veut, le second manie la carotte et le bâton. Besson a compris l’essentiel : qu’il est seul sur le marché Français à vendre du film de genre et qu’il peut, du coup, tout se permettre : humiliation, domination et outrage creusent tous ses récits (Danny the dog, Le Baiser mortel du dragon). Soi-disant cocktail d’humour et d’action, Taxi 4 se permet de tromper sur la marchandise. D’action, on en trouve à peine cinq minutes dans une ouverture digne d’une bande-annonce. Naceri n’a même plus à tourner le volant ; il garde les gosses, regarde des vidéos, disserte sur l’incompétence chronique de son pote, en accompagnateur triste et blasé. Bouffi, le cheveu teinté de frais, il contrarie un peu l’aliénation générale du film. Lui aussi se déguise, joue l’allégresse mais dissimule mal sa détresse d’homme brisé. Enfin une mise en abyme digne de ce nom.

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