Retour aux sources, quête des origines. Pour reprendre les commandes de l’auguste western astral, J.J. Abrams choisit, plutôt que d’emmener l’Enterprise en quête de nouvelles frontières, de faire le récit des commencements. Ce qui n’a rien pour surprendre, pour deux raisons au moins. La première renvoie ce Star Trek nouveau à une flopée d’autres reprises de franchises old school, où sévit une sévère obsession des « origins », du « beginning » (Wolverine, encore, la semaine dernière, et avant lui le gros des films de super-héros récents). Le calcul est assez judicieux, on peut y voir manière de réconcilier les fans et les autres : aux premiers une sorte de jouissance d’archéologue (partir à la rencontre du moule où se sont coulées les figurines), aux autres, une porte d’entrée dans la mythologie, sur l’air d’un : on reprend tout depuis le début.

De ce point de vue, le film est une belle réussite, essentiellement parce que, tout en se pliant impeccablement à un tel cahier des charges, Abrams fait de cette hypothèse (Kirk et Spock en version bleusaille, au seuil de l’incarnation) un vrai sujet, un sujet simple mais d’une belle efficacité narrative. Au coeur, une question, depuis laquelle se déplie toute l’architecture du film : comment être à la hauteur de l’héroïsme des pères ? Retour aux sources du récit, mais surtout, retour au récit tout court : c’est ce que fait valoir l’exposition épatante du film (la naissance de Kirk, au cœur de la catastrophe, tandis que le père se sacrifie), splendide rampe de lancement dont le film, à vrai dire, aura un peu de mal à se relever.

Qu’importe, il y a une vraie jubilation à voir ainsi ressurgir une efficacité perdue du blockbuster. En cela, Star Trek confirme le talent d’artisan néoclassique d’Abrams. La « révolution télévisuelle » dont il est le chantre depuis Alias et Lost, plutôt qu’une éclaireuse pour Hollywood, un passeport vers des horizons neufs, aura finalement été l’occasion d’un recentrage, d’un repli à la source d’un certain classicisme du blockbuster – M:I:3 soufflait sur les braises de l’action movie 80’s, tandis que Cloverfield se demandait comment ranimer les archétypes de la SF 50’s après le 11/09. Pas étonnant, donc, que Star trek pose la question de l’héritage, tant la question semble au fondement du geste d’Abrams. « L’avenir est en marche », dit la tagline. Comprendre : celui du blockbuster, à pas lents mais sûrs, modestes mais réjouissants.

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