On n’oubliera pas que l’on doit à Zabou Breitman une étoile luisant à tout jamais dans notre chère Constellation de la Lobotomie Heureuse, son premier film, Se Souvenir des belles choses, romance maboule sur fond de sénilité précoce et de quatre-quarts divisés en tiers, avec un Bernard Campan plus bouleversante encore que dans L’Extraterrestre. Depuis ce chef-d’œuvre, la réalisatrice a creusé son sillon dans le cinéma français moyen avec L’Homme de sa vie, et la voilà qui passe à la vitesse supérieure en adaptant du best-seller en béton, la top-bankable Anna Gavalda, avec casting sur mesure et sortie maousse. Le thème de Je l’aimais est éculé comme c’est pas permis : un homme tiraillé entre sa passion pour une femme secrète et la raison, la lâcheté, qui l’empêche de quitter sa famille et l’oblige à croupir parmi eux, zombiquement.

Je l’aimais est un film de commande mais Breitman a fait l’effort, louable, de s’approprier le matériau. C’est d’ailleurs ce qu’on a envie de retenir en premier, la réelle ambition, ambition formelle, de la mise en scène. Du genre ? Du genre moderne et tout : désynchronisation godardienne son/images, écrit sur l’écran, coulissements entre le présent du récit et celui du souvenir, etc. Et puis aussi gros plans sur les rideaux, souffle qui passe et son qui se retire quand une lèvre est frôlée par le souvenir de celui qui n’est plus là, dans le vide d’un hiver pâle et piquant. Ce qui ne passe pas dans cet attirail, c’est qu’il a justement l’air, on s’en doute, d’un attirail. Il est poussif, laborieux, mais témoigne combien la cinéaste fait le pari d’une mise en scène saillante et minutieuse (enfin pas toujours). Ça cloche du côté de ce formalisme un peu pompeux pour pas grand-chose, et ça patouille aussi sur le versant « au plus près des acteurs ». L’affèterie qui règne côté style recouvre celle qui a cours auprès des comédiens, guindés dans leurs répertoire (la passion, le désespoir, etc.) : tout, ici, respire un volontarisme aussi voyant que diligent. Du coup, pas facile de ressentir la moindre émotion, d’autant que le film se montre vain en son cœur, le récit et la représentation d’une passion amoureuse. On n’y croit pas vraiment, tant tout cela paraît d’un bout à l’autre sur des rails. Mais soyons honnêtes, il y a dans le film quelques bonnes situations (au restaurant, au parc…), jamais bien gérées, certes (il y a toujours quelque chose qui ne va pas dans la mise en scène, un détail, un tempo), mais on est loin des rivages sucrés de la CLH, et pas trop proche de la panouille standard.

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