Sortir Shaolin basket au moment précis où la Chine écrase ses J.O. tient autant du coup commercial que du pied de nez sportif. Dopés les Chinois ? Oui, mais seulement au kung-fu. Dans le sillage de Stephen Chow qui avait transformé nos bons vieux terrains de foot en tatamis de la déconne (Shaolin soccer), Kevin Chu s’attaque aux parquets avec la fureur de vaincre. Dunks surréalistes, trois3 points à l’aveugle, contres à coup de high-kick : à un suffixe près, le programme spolie Shaolin soccer dans les grandes largeurs. Le savoir-faire en moins. Car Shaolin basket n’a retenu de son aîné qu’effets spécieux et humour potache, liquidant sans ambages toutes traces de cinéma. Au-delà du scénario famélique et du jeu monobloc, la mise en scène attristera jusqu’au plus coulant des spectateurs. Les principes dromologiques de Chow cèdent ici leur place à un statisme exaspérant, à une léthargie dynamique qui fait peine à voir. Si Shaolin basket est l’adaptation officieuse de NBA Jam, Chu en est resté à la version Megadrive.

Le film périclite ainsi 1h40 durant. Volontaire, on s’accroche, on cherche, entre deux quart-temps poussifs et trois bullet-time atroces, de quoi se sustenter. Longtemps on ne voit rien venir, Shaolin basket alternant entre fausse – et donc confortable – dégénérescence et romantisme touche-pipi façon OK Podium. Jusqu’au money-time où le match déraille enfin pour de bon. Le temps d’un climax mongolo, le film bascule alors dans une fantasmagorie numérique radicale qui convoque, avec ses moyens misérables, les splendeurs harkiennes de La Légende de Zu. Il n’est pas interdit, même, de déceler une poésie mutante dans cette brèche de dernière minute, quelque chose d’involontaire mais d’étrangement gracieux. Perdues dans un métrage honteux de bout en bout, ce finale placebo interloque enfin mais ne change rien au verdict des juges : avec Shaolin basket, la Chine ne remportera aucune médaille.

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