Le succès de la série Sex and the city, nous glisse-t-on dans l’oreillette, tient à l’introduction à la télé, en prime, d’un langage cru, d’un parler vrai (on en connaît un autre qui professe ça), sur l’air de : ça suffit les tabous, maintenant, on parle de cul, pour de bon, entre filles. Visiblement très édulcorée (on y entend trois « bite » à tout casser), sa version cinéma cherche moins à capitaliser sur cette marque de fabrique qu’elle ne s’emploie à emmener tout vers les sentiers balisés, aimables, consensuels, du divertissement tous publics (féminin, surtout), dans le but simple de gagner un maximum d’argent. Bien davantage qu’une chronique new-yorkaise, le film est une comédie romantique bas de gamme, bas du front. On y suit les aventures de quatre filles bling-bling, 14 ans d’âge mental, n’ayant pour obsession que l’amour et les signes extérieurs de richesse.

Il y a un embrayage qui ne se fait pas, dans les fondements de ce programme : il est tellement cynique en soi (comment peut-on s’intéresser à ces pétasses friquées et décérébrées, à leurs petits malheurs de poupées, à leurs palabres dignes du courrier du cœur de Jeune et Jolie ?), que la seule solution pour faire avaler cette soupe eut été de rendre tout le film aussi cynique que son pitch. Mais ici il n’est pas question de faire un film (pas l’ombre d’un poil de mise en scène dans la réalisation, le film est juste nul, pas drôle, pas émouvant, pas accrocheur, rien), juste un produit jetable, un réceptacle à pubs (on ne compte plus les annonceurs qui ont allongé l’argent pour se glisser dans le scénario). Mais jamais le cynisme n’est assumé, ni la superficialité, ni la crétinerie qui règne ici – le film eut pourtant commencé à exister à cette condition là. Alors ça veut parler un peu sérieux, de l’âge, de l’amour, de la vie, même si nos mignonnes pimbêches ne s’élèvent jamais plus haut que le ras de leurs escarpins, et se satisfont du culcul la praline : jamais mises en danger, elles barbotent dans le rose bonbon, font les gamines, rêvent en gamines, pensent en gamines, imbéciles heureuses. Il y a quelque chose d’assez répugnant dans tout ça, outre la misogynie effarante de ce produit pour filles, quelque chose de repoussant dans cette manière de nous envoyer des nouvelles du capitalisme triomphant, et comment il se porte bien, et comment il vous crache à la gueule et vous vend un way of life abruti pour vous faire patienter, et penser à autre chose. On veut bien aimer tout (précisons : on adore les comédies romantiques), mais passer un point, faire l’éloge de ça, c’est juste : pas possible.

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