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2
sur 5

Le projet de Romance sentait déjà trop ostentatoirement le soufre. En ne cessant de manifester l’audace de son film des mois avant sa sortie (papiers dans Libé ou Les Inrockuptibles), Catherine Breillat faisait fausse route. Intégrer des scènes de cul explicites dans le format d’un film échappant par ailleurs au genre pornographique est, il est vrai, ambitieux (pas novateur toutefois : rien qu’en France, Paul Vecchiali avec Change pas de main, en 1975, et de nombreux cinéastes underground ou expérimentaux comme Lionel Soukaz ou Claudine Eizykman s’y sont frottés avant Breillat). Mais en surexposant sa crudité, en faisant de sa différence son fonds de commerce -jusqu’à l’affiche du film, scarifiée par un énorme X rouge-, on ne peut pas prétendre à l’évolution des mœurs, à la levée des tabous au sein du cinéma français. En réclamant la controverse, Breillat adopte une attitude finalement rétrograde : elle ne fait que reculer le moment où un tel film sortira de façon naturelle. En vérité, Romance n’avait que sa prétendue obscénité pour se vendre, l’œuvre étant d’autre part d’une rare platitude.

Marie (Caroline Ducey) est une jeune institutrice. Elle aime Paul (Sagamore Stévenin), qui refuse de la baiser. Alors, Marie va voir ailleurs : avec Paolo (Rocco Siffredi), bête de sexe rencontrée dans un bar ; puis, avec Robert (François Berléand), le directeur de son école, qui l’initie à des pratiques sadomasochistes ; enfin, avec un inconnu qui la prend violemment dans la cage d’escaliers de son immeuble. Le synopsis de Romance ressemble donc à celui d’une production Marc Dorcel (la scène du rêve orgiaque, quant à elle, serait plutôt du sous John Leslie, l’auteur de La Chatte ou de La Femme caméléon), la naïveté en moins et l’aigreur en plus. Car Romance est un film de pure haine, surtout vis à vis des hommes, auxquels Breillat ne laisse aucune chance, leur prêtant à tous des visages détestables : impuissants, froids, pervers, égoïstes, pures mécaniques de baise (Rocco en étalon angoissé), incapables de donner de la tendresse…

On comprend vite que la cinéaste, psychorigide devant l’éternel, n’est pas une adepte du sexe décontracté à la Laetitia, reine on ne peut plus sereine du porno amateur. Le problème n’est pourtant pas là (sur des personnages mal dans leur sexualité, Crash était un chef-d’œuvre bouleversant), mais plutôt dans les idées de Breillat : des décors lourdement symboliques (l’appartement de Paul, entièrement blanc, quasiment clinique), une voix-off pléonastique ressassant, loin de Sade ou Bataille, des banalités sur le sexe et l’amour, des situations ne sachant jamais trouver leur ton (les scènes avec François Berléand oscillent sans cesse entre cérémonials inquiétants et supplices dérisoires). Il y a une forte croyance dans le cinéma (comme révélateur, machine à miracles) chez Breillat, mais son langage filmique reste étonnamment pauvre, bien en-deçà en tout cas de ce que l’on pouvait attendre d’une telle entreprise.