Affreux petit mélo grand-breton. Social et humaniste, certes, mais mort au bout de trois plans. Ça commence au Bangladesh. Au Bangladesh, oui, et pas dans une pub pour du shampooing. Pourtant, ce flash-back sur la jeunesse édénique de l’héroïne, Nazneen, est filmé comme tel. Couleurs chatoyantes, ralentis sur les petites filles courant pieds nus dans la mousse, baignade à plusieurs : on nage dans un spot pour office du tourisme. Où la réalisatrice, ne touchant plus terre, se paye le luxe de nous abreuver de figures de styles toutes plus dégoulinantes les unes que les autres, pour donner à ce préambule la douceur cotonneuse d’un rêve. Rêve brisé par le méchant monde des hommes. Adolescente, Nazneen est promise à un homme plus âgé qu’elle, qui vit loin, à Londres, où elle doit le rejoindre. On comprend que Nazneen ait le blues quand, des années plus tard, elle fait ses courses au marché froid d’un Londres terne et sinistre. Passée de cet univers de Bollywood à la grise Angleterre, elle est aussi devenue adulte, mère, et épouse d’un patapouf féru de philosophie, mais qui ne l’invite jamais à donner son point de vue sur quoi que ce soit, et surtout pas quand elle fait la vaisselle.

Ce qui fait problème ici, n’est pas, au fond, le côté édifiant du cas de cette femme : puisque de telles choses existent hélas, il n’est pas interdit d’en parler. Le problème, bien sûr, c’est le traitement. Tout ici coule de source, rien ne vient gripper la bonne marche du mélo sociologique. Le cochon de mari qui s’avèrera être un bon bougre, et qui a lui aussi une blessure à porter ; le bel amant jeune, aux prises avec la tentation du fanatisme après le 11-Septembre ; la jeune adolescente et sa crise d’identité, entre racines et intégration, etc. A la manière d’un bréviaire ou d’un mauvais reportage télé, le film abat ses démonstrations les unes après les autres, tout en signalant à gros traits les nuances qu’il apporte à ce scénario couru d’avance, renvoyant au temps que l’on croyait révolu de Jamais sans ma fille et autres gloires du « cinéma de témoignage », toujours propres à faire frémir de bonne conscience les pires magazines féminins.

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