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3
sur 5

Alors voilà, Persepolis est bien, c’est dit, chanté, célébré de Elle à Libé, des Cahiers à Picsou magazine, et on est d’accord. La BD était chouette (lire notre chronique), l’adaptation est réussie, Marjane est sympa et l’été arrive. Que dire de plus, qu’ajouter à pareil concert de louanges, au choeur de la critique réconciliée, au prix cannois ? Louer peut-être, sans crier non plus au génie, l’intelligence du duo Satrapi / Paronnaud, célébrer surtout, parce que c’est mérité, le gymkhana sans faute entre les écueils d’un parcours infiniment casse-gueule, de la BD best-seller à la version cinéma. Il y avait la crainte, aux vues du sujet, du livre d’images pédago, du type la République des Mollahs expliquée aux lecteurs d’Okapi. Paronnaud lui-même, qui a habillé – fort élégamment, disons-le – la ligne claire mais sombre de Satrapi, avait redouté, avant d’accepter de prendre part à l’affaire, le côté Jamais sans ma fille. Nous aussi, mais là-dessus le récit, impeccable, navigue à vue entre gravité digeste et légèreté parfois irrésistible (les revendeurs de came pop occidentale aux coins des rues après la Révolution, qui sifflent des « Iron Maiden » ou « Michael Jackson » aux oreilles de la jeune Marianne), drainant finement le contexte par le récit de vie ado, réconciliant Le Monde Diplo et John Hughes.

On redoutait aussi, on redoutait surtout, pour en avoir soupé au gré par exemple des festivals de court métrages, d’endurer 1h35 d’une imagerie de fin d’études d’art appliqué (austérité lo-fi du trait artisanal, expressionnisme creux en gage d’inspiration). Le miracle, ici, c’est que c’est exactement de ça dont il s’agit, au fond, mais on ne parvient jamais vraiment à s’en écoeurer. D’abord parce que c’est très élégant, tout simplement, jamais purement décoratif, et que l’ascèse générale tient moins de l’alibi Beaux Arts que d’un vrai projet de cinéma. Même naïf (l’expressionnisme, donc, réclamé de Munch, Murnau ou de La Nuit du chasseur), ce projet-là n’en finit pas de tenir la route, au gré d’inventions perpétuelles, d’idées à la pelle (une qui rate, deux qui rattrapent), et d’une sobriété beaucoup moins crâneuse qu’on n’aurait pu le craindre. Difficile, donc, de ne pas se mêler ici à la parade des louangeurs. Voilà qui est fait.