Objet hybride, Paranoiak associe les châssis dramatiques de la décennie 80 et le décorum des années 2000. Il suffit d’un coup d’oeil au générique pour s’en convaincre : à la production, Steven Spielberg, celui des Dante et autres Zemeckis, empereur des eighties ; à la réalisation, DJ Caruso (Salton sea, Two for the money), faiseur brouillon mais on ne peut plus début de siècle. La démarche n’est pas inédite, Spielberg manifestant depuis quelques années l’envie d’une cure de jouvence mâtinée de revival. En témoignent la reprise officielle de la saga Indiana Jones et la sortie de Monster house l’année dernière, film d’animation en motion capture, dont la trame de Paranoiak s’inspire d’ailleurs ouvertement. L’histoire ? Dans une luxuriante banlieue pavillonnaire, un ado assigné à résidence scrute ses voisins dont l’un pourrait s’avérer tueur en série.

Les livres d’histoire retiendront sans doute Paranoiak comme un condensé esthétique de l’air du temps. L’abatage high-tech de DJ Caruso nappe l’écheveau spielbergien de lecteurs MP3, web cam et autres ustensiles. Plus que l’alliage proprement dit, cette manière d’encombrer le domestique d’hifi-vidéo est quelque peu fascinante. Le film décroche même quelques moments de grâce esthétique, comme enivré par sa propre technologie : vrombissement charnel des téléphones portables, image mosaïquée du numérique, défilés de couleurs chatoyantes adoucies par les courbes effilées des câbles et des ordinateurs extra-plats.

Le sens de l’épate de DJ Caruso a tendance à diluer le thriller dans un court-bouillon fadasse jusqu’à un finale proprement carnavalesque et distendu – d’ailleurs privé de technologie. Néanmoins, il préserve l’essentiel, arrivant à saisir, en creux, le regard du jeune reclus au monde extérieur. Dans Paranoiak, on se parle par sampling interposés où les images (Rear window) et / ou leur écho (Body double) préexistent toujours. La grammaire De Palmienne submerge l’ensemble, mais en morceaux, presque inconsciemment. Shia Labeouf est une sorte de petit cousin du Travolta de Blow out. Quand ce dernier s’illustrait en professionnel désabusé par le pouvoir des images, son successeur joue les pionniers naïfs du monde moderne, cliquant ici entre porno soft (la jolie voisine) et sites morbides (le tueur). Correspondance qu’on pourrait établir entre De Palma et Caruso : l’un maîtrise et comprend tout, l’autre joue les petits vidéastes amateurs. Mais son embrouillamini fait sens, ce n’est pas rien.

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