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sur 5

Nouvelle mode du divertissement jeuniste français : adapter les cartons non exportés du cinéma européen. Après l’inoubliable On va s’aimer il y a deux ans, comédie musicale sur les trentenaires tirée d’une comédie espagnole, voici Nos 18 ans, la version Castor poche, inspirée d’un succès italien – Le Jour de l’examen – resté invisible en salles. L’histoire d’un petit glandeur des années 90 qui bosse son rattrapage de philo en compagnie de son pire ennemi – Michel Blanc, prof sadique mais pas trop qui ne digère pas son mariage en lambeaux ; Michel Blanc, quoi. Entre deux révisions, le djeun s’incruste en soirée, flashe sur une brunette, néglige sa meilleure amie secrètement amoureuse, boit des bières avec son compère de classe, petit viandard sympatoche dont le destin personnel colmate les brèches du scénario, fait bronzette à la dune du Pilat, s’engueule avec sa mère avant un petit câlin. Moralité : l’adolescence est une suite de mini-crises existentielles, de spleens entrecoupés de tubes de l’été et de romances super mimi. Voilà.

Il faut voir Nos 18 ans comme un révélateur du cinéma de faiseur des années 2000, entre glandouille généralisée et médiocrité sereine. Le film montre à quel point le désert culturel de la comédie bien de chez nous s’est étendu depuis vingt ans : pas de point de d’ancrage, sinon quelques vestiges de l’esprit Splendid, représentés par un Michel Blanc débroussaillé et la structure choralo-sociétale ; le renoncement érigé en système qui voit s’épuiser chaque enjeu en quelques plans. Frédéric Berthe qui a fait ses classes en adaptant la Star Academy en technicolor (Alive) procède par pitch. Il ne dément ni la beauté des uns ni la mocheté des autres, agite l’un ou l’autre le temps d’une blague Carambar, capte la vie provinciale comme un plagiste étale ses rabanes. Les accessoires sont là, fonctionnels à mort, parfaitement inanimés. Ce ne sont pas tant les clichés qui agacent, loi du genre oblige, mais leur agencement monogamme, aiguillage mou, centriste, qui mise sur la vulgarisation plutôt que l’identification. Mission accomplie : tout le monde s’en fout.

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