Chronique douce-amère shootée façon téléfilm : Mes plus belles années devrait réveiller le gremlin qui dort en chaque critique. Rien que le titre VF, quasi décalque d’une fameuse et tartinesque saga italienne, justifierait qu’on fourbisse les mots les plus acérés du dictionnaire. Et puis non. Contre toute attente, et avec une humilité non feinte, Reshev Levy emporte le morceau sur le fil, nous fait ravaler cette bile qui déjà montait à la gorge. Ca ne se joue pas à grand chose, un art de la justesse tout au plus, justesse du jeu, justesse du trait qui mettent le film à une distance judicieuse de l’Histoire comme de l’intime. Chronique douce-amère disions-nous, Mes plus belles années nous ramène jusqu’au début des années 80, dans une famille israélienne de six enfants. A l’ombre de l’imposante figure paternelle, la vie du clan suit son cours entre vacances en bagnole pourrie, séances télé collégiales et petits bonheurs solaires du quotidien (ça c’est pour le côté strudel nostalgique). Fiertés de la famille, les faux jumeaux se mesurent en permanence, connaissent leurs premiers émois et tombent amoureux de la même fille. La routine dorée de l’adolescence. Jusqu’à ce coup du sort qui va désintégrer la famille en même temps que ses idéaux. De l’autre côté de la frontière, le Liban explose.

Bien sûr, il faut dépasser les réflexes tarte à la crème du genre : cette track-list 80’s qui fait office de B.O., ce jeu de miroir entre petite et grande histoire, ce premier tiers façon teen-movie du pauvre, etc. L’affaire se joue ailleurs, quelque part entre le paternel et ses fistons. Plus que l’ambiance, plus que ces ados qui murissent, plus que cette jolie histoire d’amour à trois, c’est le rapport au père, entre admiration et déception, qui cimente cette œuvre autobiographique, en cristallise chaque enjeu. Reshev Levy n’a finalement que faire de ses fameuses belles années. Il leur préfère ses illusions perdues, les piédestaux qui s’effritent avec l’âge. Minéral, magnifique, Shmil Ben Ari campe ce père sur qui le destin s’abat, ce modèle inébranlable devenu poids mort pour ceux qui l’admiraient. C’est à lui que le film doit sa réussite mineure. A sa grande carcasse, ce corps lourd et massif qui pèse sur chaque décision, chaque trajectoire de ses enfants, mais qui saura se sacrifier le moment voulu. Son dernier geste, un renoncement en bout de course que seul un parent peut consentir, dit tout de la beauté discrète de cette histoire. Rien de plus simple et poignant qu’un père qui s’efface secrètement pour son fils.

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