La série B de Noël reforme le couple D.J. Caruso / Shia LaBeouf après Paranoiak aimable petit film. Shia LaBeouf est une adorable erreur de casting permanente, quelqu’un qu’on a déplacé dans le temps (un enfant des années 80, qui aurait dû y rester) et dans l’espace (son air de boy next door, et d’arriver dans les films comme on se trompe de porte) : le genre de post-teenager banal qui, du jour au lendemain, découvrirait que son père n’est autre qu’Indiana Jones. Tout ça tombe bien, puisque L’Oeil du mal est une sorte de War games high tech et sans fil : LaBeouf y incarne un jeune type qui pendant les deux tiers du film ne comprend pas du tout ce qui lui arrive, et où il est, et pourquoi. Il rentre chez lui : des explosifs partout, quasiment des armes de destruction massive, et une voix-mystère au bout du film qui lui annonce que le FBI va défoncer sa porte dans, allez, quinze secondes, et quinze secondes plus tard, boum, les voilà qui déboulent.

Si on aime bien Shia LaBeouf, c’est qu’il traîne une nonchalance et une agilité spontanées qui d’emblée mettent une distance sympatoche avec les intrigues dans lesquelles il se trouve embarqué, sans passer par le filtre de la cool attitude ou la tyrannie des punchlines. Tous deux se sont bien trouvés, avec D.J.Caruso, qui est un metteur en scène relativement habile tant que ses films ne se gonflent pas d’enjeux à plusieurs vitesses. Calé sur son acteur (vif), sur son histoire (qui n’en est pas encore une), sur les scènes d’action (pas renversantes, mais soutenus par une jolie petite idée), L’Oeil du mal tient bien la route une heure durant : LaBeouf court toujours ; le récit n’est qu’une suite de surgissements et de fuite où les personnages n’ont pas le temps de se poser trop de questions ; l’action est conduite, littéralement, par la voix-mystère, qui ne lâche plus les protagonistes (oui, ils sont deux, Shia est rejoint par l’un peu fade Michelle Monaghan) et intervient partout, au téléphone, sur les panneaux lumineux du métro, sur les enseignes de la ville, prenant les commandes des scènes et transformant le film en parcours de santé.

Tout ça fonctionne bien, donc, jusqu’au lever du voile, et la découverte du pot-aux-roses, qui ramène le film du côté de la fable, donc d’une allégorie du réel et de l’histoire – qui se cache derrière la voix-mystère, omnisciente et omnipotente ? Qui fait de nous ses esclaves ? A ce moment-là, on a perdu D.J.Caruso, qui a laissé tomber le film.

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