S’il n’y avait pas un TRUC que l’on ne révélera pas (la bande-annonce, en le révélant, gâche la surprise), Une Fiancée pas comme les autres serait une histoire de couple convenue : rencontre, dispute, tentation de l’adultère. S’il n’y avait pas, cependant, cette histoire de couple très complète (se mettre avec quelqu’un, grandir et vivre enfin en communauté, dans la réalité), Une Fiancée pas comme les autres serait un film de bras cassés freaks et déjantés. Le grand mérite du film est donc de jouer le cul entre deux chaises : entre un TRUC qu’on trouve habituellement dans des films érotiques, pornographiques, ou dans des fabulations féeriques et déviantes comme Sleeping beauty (James B. Harris), et une exhaustivité psychanalico-ethno-anthropologique qui prend très au sérieux la science sociale. L’autre grand mérite d’Une Fiancée pas comme les autres, c’est de rester bien assis dans un seul genre : le drame sentimental. On attendait une comédie ; mais plutôt que de rire, on est pris de vertige à voir une chose et à en sentir l’équivalent – et la plus belle réussite du film est de faire croire à un processus et à des sentiments vrais par l’intermédiaire du TRUC.

Craig Gillespie était un réalisateur encore inconnu du public français en juillet dernier. Son Monsieur Woodcock, une comédie superficiellement marquée par l’écurie Apatow (poussées de grossièreté), s’en démarquait pourtant (à la fois plus terne et franc-tireur), et mettait déjà sur la piste d’un comique psychanalytique (versant oedipien : un héros est lâché par son surmoi quand il rencontre son futur beau-père et le film passe sans transition du point de vue de son moi à celui de son ça). Une Fiancée pas comme les autres, le deuxième film de Gillespie, narre une résilience à laquelle contribue toute une communauté : Lars, garçon étrange, sans liaison féminine connue, qui a une belle-soeur et un frère, croyant, employé, mais chez qui quelque chose cloche, présente le TRUC au petit monde dans lequel il vit pour s’en sortir. En quoi la psychanalyse peut-elle être une source de comique ? L’inconscient, c’est ce qui échappe. Mais tout ce qui est enfoui, Gillespie le montre au grand jour, comme si l’inconscient donnait ses explications au quotidien, sous le soleil. Ici, quand le TRUC est à table, Lars répond à sa place et selon ses propres désirs. Ici, c’est presque consciemment que Lars choisit un rite détourné de passage à l’âge adulte. C’est drôle tout en ne l’étant pas. La résolution du cas clinique suit son cours à ciel ouvert parmi les membres très concernés d’un petit village enneigé du Midwest – comme dans Monsieur Woodcock, Gillespie se cantonne à un petit territoire socio-géographique.

On l’a dit, Une Fiancée pas comme les autres est filmé comme un drame sentimental : champs-contrechamps en plans rapprochés, angles arrondis, musique illustrative et vraisemblances tire-larmes. Deux scènes pourtant sont résolument comiques, et écourtées. Dans l’une, puisque la thérapie auto-administrée appelle la thérapie par le groupe, des croyants un peu vieillots se renvoient leurs T.O.C. (l’un croyait aux ovni, l’autre était kleptomane). Dans l’autre, des travailleurs immigrés qui ne savent pas parler anglais miment ce qu’ils imaginent de Lars. Ces avant-goûts de loufoquerie, de crudité et de satire restent sans suite. Faut-il le regretter ? « Tolérance et entraide sont les principaux thèmes du film », c’est écrit noir sur blanc dans le dossier de presse – et Gillespie contrôle par la mise en scène son cas de dérapage contrôlé.

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