Version cheap et neurasthénique de Là-haut (le vieil homme, l’enfant et la mort), Mary et Max, filmé en stop-motion (animation image par image), retrace vingt ans d’une relation épistolaire entre la jeune Mary, gamine de Melbourne, visage en poire, grosses lunettes, pas d’ami au compteur Facebook, et le vieillissant Max, gros corps flasque type Monsieur Schmidt suant l’amertume et la désolation d’une New York gris mourante et atemporelle. De tous les genres littéraires, l’échange épistolaire est sans doute l’un des plus difficiles à adapter pour le cinéma et le risque est gros de tomber dans un champ/contrechamp oral à grande échelle : une lettre n’en finit plus de répondre à l’autre, grand ping-pong parlé alternant mécaniquement les points-de-vue et n’offrant au film qu’un post-scriptum en guise de fin. A cela Mary et Max n’échappe malheureusement pas, mais si l’effet de lecture est un peu repoussant (trois narrateurs en file indienne), il secrète un propos émouvant et pas si commun dans l’univers animé : la solitude immense et le repli sur soi vus comme un mal rongeant les corps.

Dans le prolongement de la mélancolie de Là-haut et avec l’humour grinçant d’un Sens de la vie pour 9.99 dollars, Mary et Max est une succession loufoque de tableaux sans paroles (il n’y a presque pas de dialogues, seulement des voix fantômes errant dans la bande-son), une chronique assez drôle du basculement d’un âge dans un autre, tentant d’évoquer le progressif travail de la mort à travers la parole d’une enfant morne couplée au regard pâli d’un vieillard paumé. Si Mary et Max n’est pas le blockbuster 3D tout couleurs qu’est Là-haut et n’a pas la veine suicidaire du Sens de la vie…, on y retrouve pourtant une même tentative de faire du cinéma d’animation une entreprise d’inanimés (ou de « réanimés »), tant le sentiment de la mort, et son attente, le traversent puissamment (rien à voir avec la mort en chansons de L’Etrange Noël de Mr. Jack).

Adam Elliot y filme des objets que la vie n’habite plus : les rollers, le ballon, le skate, tous ces objets évoquant jeunesse, vie et mouvement devenus les ombres perdues de loisirs d’une vie laissée de côté. Film « désanimé », Mary et Max va jusqu’à jouer avec les imperfections de la pâte à modeler pour exprimer ce chagrin et ces laideurs du destin : tout s’amollit, tout dégouline et tout fond. Au final, c’est un peu l’anti-Wallace et Gromit, mêlant le réalisme trash d’un monde ankylosé (la lenteur de chaque geste) et un onirisme défait où Droopy et Buzz l’éclair seraient tombés dans l’alcool et le spleen.

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