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4
sur 5

Aux antipodes d’un cinéma parisien dans tout ce qu’il peut avoir de fabriqué et de condescendant -c’est promis, on n’y reviendra plus, mais décidément, l’enc… à sec d’Anne Fontaine est vraiment mal passé…-, l’oeuvre de Robert Guédiguian déborde de générosité et d’humanité. Le réalisateur filme des gens qu’il connaît et qu’il aime : son Marius et un ami d’enfance, et comme sa partenaire Ariane Ascaride, a joué dans tous ses précédents longs métrages. Il parle aussi -et seulement- d’un pays qui est le sien, Marseille, ses quartiers nords et l’Estaque, le petit port industriel que les Impressionnistes rendirent fameux à la fin du siècle dernier. Brossant ainsi, depuis une quinzaine d’années, la chronique de gens ordinaires -vous et moi, quoi !-, pris dans leur quotidienneté la plus nue, dans les petits riens et les battements de coeur qui font la vie comme elle est.

Même si, pour ce septième opus, Guédiguian préfère parler de conte. Reférence rohmeriénne ? De loin, peut-être : on parle beaucoup, ici aussi, mais de la pluie et du beau temps, de l’amour, de politique, de foot, et sur un mode tellement plus naturel, tellement plus authentique (tiens, ça nous rappelle l’ami Ugolin…), qu’on rapprocherait plutôt ce cinéma-là de celui des Renoir, Duvivier et autres Pagnol, même…

C’est pour ça que cette « histoire d’amour chez les pauvres » (comme la définit Guéguian lui-même) nous va droit au coeur, pour sa lumière, sa décomplexion et sa profonde mélancolie. Pour l’expression si pudique, aussi, des élans amoureux des jeunes -et moins jeunes !- tourtereaux (il y a, à côté de Marius et Jeannette, un couple absolument magnifique formé par Pascale Roberts et Jacques Boudet) comme de leurs blessures intimes, enfouies jusqu’à l’intolérable. C’est bouleversant.

Film militant, donc, comme héraut d’une population que le cinéma français avait laissé en chemin depuis trop longtemps, Marius et Jeannette est aussi un film politique, à la manière des Loach, Capra ou Brecht dont Guédiguian se réclame. Où il est question des camps, du parti (communiste, bien sûr) ou des intégrismes de tout poil, dans une manière que d’aucuns trouveront simpliste -elle a pour nous l’avantage incomparable de l’évidence.
Après le triomphe de Western, le grand public se précipitera sans nul doute aux tribulations de ces deux autres anti-héros. L’heure de la réconciliation a sonné.