Le cinéma de genre espagnol, épisode 235 : après le fantastique frelaté, au tour du survival de passer à la casserole. Résultat : une soupe aux grumeaux comme on n’en fait plus, et probablement le nanar le plus dispensable de l’été. Les Proies rejoue Délivrance dans une campagne ibérique désolée, soit un pitch plutôt sympathique qui ne tient malheureusement que le temps de quelques plans (le générique : une voiture roule dans une cambrousse perdue, ça marche toujours). Gonzalo Lopez-Rodrigo a pour seul mérite de ne faire illusion à aucun instant, le film prenant l’eau dès la première séquence : la rencontre des deux personnages principaux dans une station-service – un beau gosse ténébreux, une brune mystérieuse, une étreinte furieuse dans les toilettes – qui révèle une incapacité totale à tirer vers le réalisme (atroce tendance espagnole à lustrer l’image faussement salie) et à maîtriser l’espace (malgré une volonté d’en jeter à mort).

Gros problème quand on sait que le survival ne joue que de ça, de cette maîtrise de l’espace, et que le rapport de tension qui s’instaure ensuite entre prédateurs (de méchants gardes-chasse armés de fusils à pompe) et proies n’aurait de chance de fonctionner que si la question du lieu devenait un élément à part entière de la traque. Mais dans ce film aussi mal écrit que mis en scène, les personnages préfèrent cavaler sur les chemins, à découvert si possible, en hurlant à la moindre occasion comme dans un nanar de Bruno Mattei. Charme désuet de la série Z champêtre ? Pas vraiment, Lopez-Rodrigo préférant alourdir le tout d’un fumet de satire sociale et vidéoludique (Elephant de GVS n’est pas loin, façon de parler) et d’un pompiérisme indé incroyablement péteux (la scène finale, dix minutes de riffs de guitare pour dire : la violence c’est absurde). De quoi faire passer le moindre charlatan du cinéma de genre français pour Wes Craven. Triste.

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