Quasi inconnu en France, Yoji Yamada, pas loin de 80 films au compteur, demande présentation : naviguant entre cinéma des studios et fréquentation de la nouvelle vague japonaise des années 60, il a donné jusqu’à présent dans la comédie (pas loin de 50 films avec Monsieur Tigre, un héros récurrent très populaire) et le mélo social, et vient de se lancer, c’est officiel, dans le film de samouraï. Le Samouraï du crépuscule est le premier volet d’une trilogie consacrée aux guerriers, il débarque curieusement après le deuxième volet, Le Samouraï et la servante (sorti confidentiellement en salles en novembre dernier). A le découvrir, on sent bien que les coups de sabre intéressent moins le cinéaste -dix ou douze minutes de combat pour un film de plus de deux heures- que des considérations sur les conditions de vie des différentes couches de la population japonaise, à différentes époques, souci qui manifestement cimente son oeuvre par-delà la diversité des genres abordés.

Pareillement, son héros de prédilection n’est pas le samouraï resplendissant de santé mais plutôt -pente kurosawaienne- un homme qui n’a pas tiré au clair son rapport intime à sa fonction martiale. Le beau héros du film est un pouilleux samouraï de basse extraction, mais ouvert d’esprit, comptable le jour et paysan le soir, veuf et père de deux filles qu’il élève amoureusement. Si on le surnomme « Crépuscule », c’est qu’il rentre chez lui de bonne heure, dès qu’il a terminé son travail de gestionnaire d’un entrepôt de céréales. L’irruption dans sa vie de son bel amour de jeunesse l’oblige à sortir de sa retraite : il défend son honneur contre son ex-mari, guerrier alcoolique et brutal, puis l’armée fait appel à lui pour mater un rebelle retranché dans sa maison après un coup d’état manqué. Prétexte, là encore, à conversation davantage qu’à bagarre. Si il advient in fine, le combat n’est pour Yamada, belle idée, qu’un prolongement de la parole : une fois épuisée une discussion autour de la condition socio-professionnelle des samouraïs qui dévoile l’équivalence de leurs situations respectives (à la manière des échanges sur les 35 heures des guerriers en espadrille de Guiraudie), se battre n’est plus pour les deux hommes affaire de vaincre ou de périr, mais de sceller par-delà la mort et l’adversité de circonstance une communauté de destins.

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