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sur 5

Avec Le Plus beau pays du monde, Marcel Bluwal, homme de télévision avant tout, ressuscite un genre que l’on croyait définitivement obsolète, du moins au cinéma : la fiction édifiante à gros budget. La recette est simple : reconstitution historique d’une période troublée (ici, le Paris de 1942 occupé par les Allemands), lampadaires d’époque et figurants ad hoc, brassage de valeurs sûres (Brasseur, Lhermitte, Cassel père…) et de jeune(s) premier(es) déjà bien confirmé(e)s (Denicourt et Adelin). Le scénario-prétexte, quant à lui, permet au spectateur de tirer une morale entendue, qui, généralement, ne bouleverse pas l’ordre de l’univers. Le film de Bluwal ne fait pas exception à la règle, cherchant à démontrer que la France de Vichy, ce n’est pas seulement les gentils résistants et les méchants collabos, mais aussi tout un tas de gens essayant de survivre en pratiquant ou subissant bon gré mal gré le « fascisme ordinaire ».
Le plus rageant est de voir à quel point le film passe à côté des potentialités de son idée originelle : revenir sur les circonstances du tournage de Mermoz, œuvre pétainiste relatant les exploits du célèbre aviateur et dont la particularité tient au fait que Robert-Hughes Lambert, l’interprète du rôle-titre, fut déporté huit jours avant la fin du tournage à Drancy, puis en Allemagne, où il mourut en 1945.

Dans le dossier de presse du film, Bluwal explique qu’il ne souhaite pas « obtenir l’adhésion du spectateur par le sentiment ou la pulsion -ces péchés mignons du cinéma français » (sic). En lieu et place, donc : un traitement soi-disant neutre qui, en réalité, montre du doigt les personnages ambigus (caractérisés par des propos ou des blagues lourdement antisémites) afin qu’il n’y ait pas de doute sur le camp choisi par les auteurs, un suspense vulgaire et pas très honnête jouant sur les raisons de la déportation de Lambert (dont on finit par apprendre qu’il est homo), beaucoup de cabotinage pour pas grand chose (Bonnaffé, surtout, qui n’a jamais été aussi mauvais), et une dernière séquence introduisant in extremis un pathos finalement indispensable à l’impact de l’œuvrette sur la conscience du spectateur. La fiction s’achève, mais, avant le générique, Bluwal a choisi de nous montrer des images du vrai Lambert pendant le tournage de Mermoz. Un seul plan, très simple, du comédien se faisant maquiller, mais à travers lequel on lit le mystère d’un être et d’une disparition que Le plus beau pays du monde s’est avéré incapable de rendre.