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Le Ciel, les oiseaux et ta mère marque le retour d’une certaine tendance de la comédie française qu’on pensait à jamais enterrée, la comédie tropézienne des années 70. Souvenez-vous, ça se situait toujours en bord de mer, où, de dragues foireuses en blagues scabreuses, deux ou trois trentenaires passaient leurs vacances d’été. C’était avec Aldo « la classe » Maccione, souvent, et Brigitte Lahaie, parfois, en vacances, elle, de la bite d’Alban Ceray. Il n’y a pas loin en effet, entre ce Le Ciel, les oiseaux et ta mère et un A nous les petites Anglaises de Michel Lang ou une comédie de Philippe Clair. A un détail près pourtant : ici, les rôles des dragueurs sont tenus, pour répondre à l’effet de mode, par quatre jeunes d’une cité du 93 (le « black, blanc, beur » nouvelle couleur démago du cinéma français) qui gagnent un mois de vacances à Biarritz, grâce à un concours vidéo. Nos lascards, pas moins cons ni moins machos que les Dupont Lajoie des films précités, ont le même mot d’ordre, « où sont les salopes ? », mais en langage ad hoc : -notez la nuance- on ne parle pas français mais céfran, ce qui revient à dire les mêmes anneries, mais avec le masque de l’inédit. Derrière ce film de potaches, plane l’ombre de Canal +, l’institution du « second degré ». Djamel Bensalah, le réalisateur, y est responsable de plusieurs programmes courts, et c’est le premier « grand rôle » de Jamel Debouze, la petite star montante de la chaîne, tranfsuge de Nova et auréolé de l’image respectable du beur des cités qui réussit (comme avant lui, Smaïn, et plus récemment, Zidane-Zizou- et « un et deux et trois-zéro »). Survitaminé, et grand spécialiste du tirage de couverture (même usée jusqu’à la corde), il fait bien son Aldo Maccione, ce qui n’est pas une gloire, sauf évidemment pour Canal + qui invitera son petit protégé à causer Nulle part ailleurs. Il y a aussi l’esthétique frime et déjà conservatrice de la chaîne, que Djamel Bensalah reprend en bon élève : plans débulés à filer le torticolis, utilisation intempestive du grand angle, plans vidéo crades intégrés au montage (les quatre z’amis ont eu la « bonne » idée d’emporter leur camescope), adresses directes à la caméra et privates-jokes en cerise sur le gâteau, preuve que le film s' »autosuffit » et que du public, il se fiche. Il faut dire encore qu’on parle fort souvent, ce qui nous vaut un bon mal de crâne à la sortie. On n’en veut pas à Djamel Bensalah, qui n’a que 21 ans, mais plutôt à sa production complaisante, Extravaganza, qui, en croyant « se faire » une nouvelle « comédie de banlieue » (après le succés surprise du trés bon Hexagone de Malik Chibane et surtout du Taxi de Pires-Besson, carton de l’année dernière et qui a su drainer le public des cités) ne nous offre qu’une « comédie plouc » de plus.