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3
sur 5

Pour Don McKellar, l’an 2000 est synonyme d’apocalypse. A Toronto, six heures avant la catastrophe, plusieurs personnages plus ou moins liés vivent de diverses façons leurs derniers instants sur Terre : Craig (Callum Keith Rennie) accumule les expériences sexuelles insolites ; Sandra (Sandra Oh) et son mari, Duncan (David Cronenberg) ont décidé de se tuer mutuellement à minuit ; Patrick (Don McKellar), lui, préfère rester seul et méditer sur le souvenir de sa femme disparue récemment. Leurs choix respectifs seront pourtant contrecarrés par les événements extérieurs et des rencontres inattendues… Appartenant à la série 2000 vue par… récemment diffusée sur Arte (mais en versions courtes), Last night a été mis en scène par Don McKellar, aperçu notamment chez Atom Egoyan, à qui il emprunte ici quelques acteurs (dont l’héroïne de De beaux lendemains, Sarah Polley). Si le film n’échappe pas totalement aux clichés « fin du monde » que l’on peut imaginer (grands magasins désertés, ambiance urbaine chaotique…), il parvient à s’émanciper de sa reconstitution prospective en livrant un ensemble de belles variations sur la nostalgie. La nuit, en premier lieu, fait figure de grande absente, éliminée par un soleil et une lumière menaçants. Mais ce sont surtout les visages qui paraissent profondément affectés par un temps impossible à rattraper : Patrick devant les dessins des enfants dont s’occupait sa femme ; les pleurs émis par Sandra à l’idée de ne plus revoir son mari ; les aïeux de Patrick confrontés aux images du passé ; Madame Carlton (la trop rare Geneviève Bujold), l’ancien professeur de français de Craig et de Patrick, qui émeut par sa résignation sereine…

C’est dans ce traitement des conséquences de la perte, envisagée à la fois d’un point de vue universel -la perte du monde- et intime -la perte d’un proche, voire d’une musique- que le film se révèle d’une profonde acuité. A retenir également, la séquence où Sandra et Patrick font leur possible pour tomber amoureux l’un de l’autre avant minuit, l’imminence de la mort entraînant forcément une accélération du processus de séduction. On peut toutefois regretter que Don McKellar n’ait pas un style plus affirmé, la banalité de sa mise en scène (images fades, mouvements de caméra attendus…) nuisant souvent à la force de ses idées.