On va encore se faire taper sur les doigts. C’est généralement ce qui arrive avec un film aussi sympa, « pacifiste », « émouvant », « humaniste », « drôle » que La Visite de la fanfare, si par malheur on ose, comme le veut la formule consacrée, « bouder son plaisir ». L’ironie gentille et douce amère avec laquelle Eran Kolirin (dont c’est le premier film) montre cette fanfare de la police égyptienne échouée au milieu d’une petite ville israélienne sortie de nulle part, trouve en effet rapidement ses limites.

On voit bien que dans cette douceur, dans la délicatesse du trait, il y a une part d’utopie à laquelle le réalisateur tient fermement au milieu de cet enchaînement de gags absurdes qui décrivent l’incommunicabilité entre Arabes et Israéliens (redoublant celle dont le cinéma moderne a fait une antienne, l’incommunicabilité entre hommes et femmes). Une utopie qui voudrait nous dire que oui, c’est possible, Arabes et Israéliens peuvent vivre ensemble, y compris si le réel est têtu et empêche cet idéal d’advenir tout à fait. Pourtant, à systématiser la douceur des descriptions (fussent-elle teintées d’amertume), Eran Kolirin anesthésie tout ce qui pourrait faire saillie, déranger, provoquer un malaise nécessaire à la constitution des prémisses d’une telle utopie. Les saynètes, filmées frontalement comme des vignettes de vacances bizarres et décalées, n’ouvrent précisément au film aucune autre perspective que la pure tautologie de la problématique initiale.

Ce surplace des personnages, qui apprennent si peu (mais un peu quand même) des autres, n’est jamais vraiment mis en scène dans la durée, l’enlisement sous toutes ses formes ou dans la névrotique répétition du même (le gag récurrent du téléphone qui ne débouche sur rien). Pour une raison simple qui tient au désir de ne violenter ni son sujet si le spectateur. La violence faite au sujet et au spectateur est pourtant l’un des principaux ressort de la comédie, peut-être l’un de ses fondements. L’excès de pudeur, de délicatesse, de douceur finit souvent par anéantir les plus grandes lucidités et le cinéma lui-même s’il n’est pas contrebalancé par des passions moins avouables sublimées par les vertus de la mise en scène, ou plus simplement par la cruauté.

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