Un vieillard sinistre (Rochefort, sans moustache) contacte un jeune cadre dynamique (Canet) pour lui remettre les cendres de son père qu’il n’a pas connu. Du malaise, on passe à la machination : le trentenaire plonge dans l’univers canaille de papa, croise une pute attachante (Paradis), des truands à pitbull et cheveux gras. Au même moment, lesté d’une tumeur au cerveau, Thierry Lhermitte cherche sa fille pour une greffe de dernière minute. Trente ans plus tôt, Josiane Balasko enquête sur la disparition du fameux paternel. Moralité : on ne se débarrasse pas de l’héritage familial d’un revers de manche.

On commence à bien connaître l’univers de Guillaume Nicloux (Une Affaire privée), dont La Clef est à la fois la synthèse et la caricature : maîtrise des plans, bavardages nicotinés, direction d’acteurs à l’américaine, mais surtout une poisse cuisinée aux petits oignons, riche tambouille naturaliste légèrement bourre pif. Il y a toujours quelque chose qui cloche dans ses polars d’ambiance, un truc en trop, une baisse de rythme, une complaisance de scénario ici ou là. La clef n’y échappe pas, loin s’en faut. On le répète, c’est la version XXL des autres Nicloux films. La crasse y est plus voyante, la structure plus ambitieuse. Outre les trois fils narratifs, la question du père hante le film sans jamais être délayée, topic rapidement changée en patate chaude. Des années 70 à aujourd’hui, même constat : on pleure, on parle dans le vide (les séquences avec Rochefort, totalement loupées), on préfère la déprime sursignifiante à l’action, laquelle, pas si mal, se dilue dans un bouillon polyphonique à deux époques.

Il faut dire que le cinéaste aime ce qui est statique : plans composés, mouvements d’appareils moelleux, causerie entre flics sur les lieux du crime, gueules de bois, La Clef multiplie les séquences post action avec une délectation qui frise le pédalage dans le vide. D’où un film claudiquant alors qu’il vise l’explosivité, trop lourd narrativement pour y prétendre. A l’avenir, il faut craindre, hélas, que Nicloux un peu autiste, un peu têtu, se contente de cette grammaire inégale et inachevée.

Article précédentLa Visite de la fanfare
Prochain articleAlvin et les Chipmunks