Dans le calendrier estival des grosses productions hollywoodiennes, La Momie 3 occupe sans peine la place du blockbuster branquignol, fainéant comme tout, nouille d’un bout à l’autre mais au fond rigolo et sympathique. Plus qu’elle n’a su, ou voulu, capitaliser sur le charme des serials d’antan, la saga de La Momie a tenté le créneau de l’Indiana Jones discount customisé aux effets merveilleux, rehaussé d’un bestiaire chimérique et numérique. Naturellement, ayant un train de retard sur Indy (déjà passé au 4), La Momie 3 abat cet été la carte du fiston, quelques mois après Le Royaume du crâne de cristal. Le fils de Rick O’Connell, le héros des épisodes précédents désormais retiré des affaires, s’ennuyant comme un rat mort avec sa femme dans un grand château anglais, O’Connell Junior, donc, met à jour en Chine la tombe d’un empereur et de son armée, transformés en terre cuite il y a de ça, pfiou, 2000 ans et des poussières, à la suite d’une malédiction de sorcière. Sans doute écrasé par la figure paternelle, le rejeton a des soucis, et les parents viennent lui filer un coup de main pour mater l’armée de pot de fleurs commandée par le cruel empereur devenu entre-temps immortel.

Le problème de La Momie, c’est d’abord Brendan Fraser, acteur gentil (à qui seyait davantage la malice nigaude dont le revêtait Harold Ramis dans Endiablé), mais charismatique comme, disons, à peu près, une endive. La voix de Barry White montée sur la carcasse d’un grand dadais portant la raie sur le milieu : voici Brendan. Et il faut le voir, n’ayant une once de présence, se dissoudre littéralement dans les scènes, peinant comme un diable, en glissant des micro-répliques, à montrer qu’il est dans le cadre. On joue un peu à « où est Charlie ? » avec Brendan et pour un peu, il faudrait qu’il fasse des oreilles d’âne à ses partenaires de jeu pour s’apercevoir que le héros du film, c’est lui. Le problème de La Momie 3, c’est aussi Rob Cohen, qui a certes déjà dirigé un dragon dans sa carrière (Coeur de dragon, 1996) et remet le couvert ici, mais qui est surtout un piteux faiseur. La mise en scène du film fait peine à voir, entre ellipses démentes, montage grumeleux, quelques ralentis du pire effet et surtout un rythme complètement brinquebalant, y compris et surtout dans les scènes d’action, toutes raplaplas et difformes, aussi pauvres que les dialogues, ce qui n’est pas un mince exploit. Bien avant que débarquent les yétis brancardiers, on a déjà plié bagages.

Tout cela fait du film un divertissement tirant périlleusement vers la fin de l’alphabet. Mais presque attendrissant, dans sa façon de tout rater. Attendrissant surtout parce qu’il est entièrement offert à son agent comique (Jonathan, le beau-frère couard du héros), pauvre bougre condamné à n’apparaître que dans des inserts, où il doit commenter l’action et faire rire. L’indigence de ses punchlines totoches, puériles, inoffensives mais indignes des blagues de télé Z – elles se résument pour l’essentiel à « oh non ! pas des momiiiiiiies ! », « vous n’allez pas refaire le coup de la momie qui se réveille ?! » ou, dans un registre radicalement différent : « ah, j’en ai assez des momies ! » – en fait la mascotte du film, et lui vaut naturellement de le conclure, par la grâce de la chute* qui est, allez on le dit, sans doute la plus plate de l’histoire du cinéma.

* Attention, spoiler (pour qui a vu ou n’ira pas voir La Momie 3, on ne résiste pas au plaisir de la narrer) : une fois l’aventure conclue victorieusement, Jonathan décide de fuir la Chine pour échapper à tout ce tracas. Il monte dans une voiture avec ses bagages et lance au chauffeur : « en route pour le Pérou, enfin un pays où il n’y a pas de momies ! ». La voiture démarre, c’est le dernier plan du film, et ceci s’écrit sur l’écran : « peu de temps après, on trouva des momies au Pérou ». Effet plouf garanti.

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