Enfin libéré des rets de Guy Ritchie & co, fameuse confrérie de tâcherons sarcastiques, le polar anglais a retrouvé de l’allant. Anciennes gloires (Mike Hodges) comme newbies prometteurs (Matthew Vaughn) ont investi la place, troquant le cynisme imbécile pour un premier degré flegmatique. Aujourd’hui, c’est au plus cramé des yes men, Roger Donaldson, de profiter de l’embellie. Médiocre faiseur récemment tombé en disgrâce (La Recrue, Burt Munro), l’ami Roger semblait condamné aux projets foireux, dernière étape avant le cimetière des braves soldats d’Hollywood. Avec Braquage à l’anglaise, il signe, si ce n’est une résurrection, au moins son meilleur film.

Récit d’un cambriolage faramineux – et authentique, me souffle-t-on dans l’oreillette -, Braquage à l’anglaise enrôle l’impeccable Jason Statham, petit malfrat qui rameute ses complices pour un dernier gros coup. Rapidement, ce qui aurait du être le casse du siècle va virer au scandale politico-mafieux. A l’oeuvre ici, un sens du calibrage, un savoir-faire servile mais appliqué qui égruge sans mal les Ocean’s [insérez ici le chiffre de votre choix], arnaques soderberghiennes et faux parangons du genre. Aux grigris et clins d’oeil post-machin, Braquage à l’anglaise oppose un programme quasi archétypal, une structure ternaire (préparation du casse, exécution, cavale) relevée d’un soupçon de vice et de violence graphique. Détails qui tâchent, ambiance 70’s et saillies hard-boiled : comme dans La Mutante, Donaldson singe les maîtres du genre avec une jubilation communicative.

De quoi regretter les tics empruntés qui font office de système esthétique. Une photo passée par-ci, une cascade de plans inclinés par là, Donaldson surexpose son travail comme s’il en doutait. Même le choix de la HD, pourtant séduisant en ce qu’il mixe patine vintage et hyperréalisme numérique, ne convainc que par intermittence. Des scories donc, mais somme toute mineures au regard des ambitions affichées. Pur produit de l’artisanat local, cette série B est charpentée comme son réalisateur et ses héros : ossature robuste mais mal ébavurée. Pas le casse du siècle, juste un hold-up orchestré dans les règles de l’art. A l’ancienne.

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